Duc de Mercoeur
(1558 - 1602)

Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur


Il est issu de la deuxième branche des Lorraine-Vaudemont, famille ducale de Lorraine et de ce fait apparenté aux Guise.
Il épouse, en 1579, Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, héritière de ce duché breton, ce qui lui donne, entre autres, une justification pour être nommé gouverneur de Bretagne en 1582, par son beau-frère, le roi de France Henri III. Ce dernier avait en effet épousé la sœur de Mercœur, Louise de Vaudémont.

Devenu chef de la Ligue après l'assassinat du duc de Guise en 1588, il ambitionna de restaurer l'ancien duché breton à son profit, faisant fi du pouvoir royal affaibli par les guerres de Religion.
Chef de la Ligue, il eut pour lui la majeure partie de la province, bien que la Bretagne se sentit peu concernée par les mouvements de la Ligue.
Les Ligueurs ne reconnaissaient pas l'autorité d'Henri IV, encore protestant à cette époque, quand il devint roi de France à la mort d'Henri III.

Philippe Emmanuel de Lorraine,
duc de Mercoeur.
Neptunia n°66
Mercœur était un catholique convaincu, ligueur radical et retors. Son ambition et sa conviction religieuse l'amenèrent bientôt à s'opposer ouvertement à Henri IV. S'ensuivit de 1589 à 1595 une guerre civile confuse en Bretagne.
Les habitants de Blavet, attachés à la cause royale, repoussèrent les sollicitations des Ligueurs. Le duc de Mercœur vint alors en personne attaquer Blavet. Ses troupes s'épuisèrent en vain sur le retranchement qui fermait l'isthme, de Locmalo au Driasker (la Vieille Tranchée). Toute la population participa héroïquement à la défense de la ville.

Mercœur fit alors appel à l'Espagne qui cherchait à profiter des désordres en France avec l'espoir d'obtenir la couronne pour sa fille, arguant du fait qu'Isabelle était petite-fille de Henri II. Philippe II, roi d'Espagne, lui envoya un corps expéditionnaire de 6000 hommes sous la conduite de don Juan de Aquila.
En octobre 1590, les Espagnols débarquèrent à St Nazaire, se dirigèrent sur les conseils de Mercœur vers Blavet et prirent Hennebont. C'est alors que trois ou quatre vaisseaux débarquèrent des soldats du parti de Mercœur dans la ville assiégée. Les habitants, taillés en pièces, sans considération d'âge ni de sexe, se trouvèrent dans l'impossibilité de fuir, n'ayant le choix qu'entre le fil de l'épée ou la noyade. Mercoeur fit incendier ce qui restait de la ville (seule la nouvelle église Saint-Pierre échappa aux flammes), puis il offrit la place ruinée aux Espagnols avec qui il avait partie liée. Ces derniers devaient occuper Blavet huit ans durant.
Il remporta la victoire de Craon sur les troupes d'Henri IV (mars 1592).
En 1595, Charles de Cossé-Brissac, fut nommé par le roi lieutenant-général, puis gouverneur de Bretagne et reçut mission de soumettre Mercœur.
Mercœur peu à peu se trouva acculé et dut faire sa soumission à Henri IV. Il négocia sa reddition contre une forte somme et le mariage de sa fille Françoise avec César, duc de Vendôme, bâtard d'Henri IV, qui deviendra gouverneur de Bretagne.

Mercœur, désireux de mettre sa vie au service de la religion partit en octobre 1599 combattre les Turcs qui menaçaient d’envahir l’Europe. Nommé généralissime, il ne put vaincre les Ottomans, mais assiégea et prit d’assaut Albe Royale sur la Ranzia. Atteint de la "fièvre pourpre", il mourut à Nuremberg, ville protestante, en 1602.

Son corps fut ramené en France et inhumé en Lorraine, et, selon le vœu du défunt, son cœur fut remis aux capucins de Nantes.
Tandis que François de Sales prononçait une vibrante oraison funèbre, en grand apparat à Notre-Dame de Paris, les protestants par la voix d’Aubigné remarquaient que :

« Malheureux aux guerres contre les réformés,
Mercœur avait combattu les infidèles avec un heur non pareil
».