Julien Crozet
(1725 - 1782)

Un navigateur port-louisien


En 1727, un commerçant fournisseur des armées, Joseph Crozet, originaire du Dauphiné, s'installa au Port-Louis. Depuis quelques années, la Compagnie des Indes avait délaissé cette ville pour Lorient, portant un rude coup à son négoce. Mais Port-Louis demeurait la ville de l'aristocratie et de l'armée et s'orientait de plus en plus vers le commerce de la sardine.

Le 4 février 1728, Joseph Crozet épousa une Port-Louisienne, Marie Relo, et le couple se trouva bientôt à la tête d'une famille de 17 enfants (onze garçons et huit filles) et d'un négoce prospère. Joseph fut élu syndic de la communauté de ville et le demeura jusqu'en 1747.

Julien-Marie, né au Port-Louis le 26 novembre 1728, était l'aîné de cette nombreuse famille. Après une scolarité qui pour être brève, lui donna néanmoins de solides rudiments, il embarqua en septembre 1739, à 11 ans donc, comme pilotin, sur le Maurepas, en partance pour Pondichéry. De retour en mai 1741, il partit pour la Chine en décembre 1742, à bord du Philibert, toujours comme pilotin. Deux ans plus tard, il était de retour au Port-Louis. Désormais les séjours à terre furent brefs et Crozet gravit régulièrement les échelons de sa carrière maritime.

En avril 1745, il participa à la défense de Saint-Louis du Sénégal et de Gorée contre les Anglais. Son navire, le Maurepas, fut incendié au cours d'un combat. Nommé enseigne surnuméraire, J. Crozet s'embarqua à Bordeaux sur la Comtesse. Le 25 avril 1746, il quitta Lorient à bord du Duc de Penthièvre, avec huit autres bâtiments de la Compagnie des Indes, escortés de deux vaisseaux du roi. Après avoir livré combat à trois bateaux anglais et fait escale quelques semaines au Sénégal, le Duc de Penthièvre se rendit à l'île de France (actuelle île Maurice), puis à Pondichéry. Il revînt en France en novembre 1748. En avril 1749, Crozet participa pendant dix-sept mois à une campagne sur les côtes de Guinée, pour défendre les intérêts de la Compagnie des Indes. Il était alors deuxième enseigne-écrivain.

En novembre 1750, il partit aux Mascareignes, à bord du Glorieux, sous le commandement de Jean-Baptiste d'Après de Mannevillette, célèbre pour ses cartes de navigation des Indes. De retour au Port-Louis en août 1752, Julien repartit neuf mois plus tard, avec son premier commandement, sur le brigantin l'Éléphant. Il revînt du Sénégal avec une prise anglaise. Nous le retrouvons en mai 1755, lieutenant sur la Danaé, en route pour Pondichéry dont il revint en février 1757, en raison de la guerre. A son arrivée, il apprenait la mort de son père, datant de deux ans. En mai 1758, il prit le commandement du Volant et participa à de vifs combats sur les côtes du Sénégal et fut même capturé par les Anglais devant Gorée.

Après sa libération, J.Crozet reprit la route de l'île de France, comme lieutenant, sur le Lys, armé en guerre et en revint sur le Massiac, en janvier 1760. Entre temps, sa mère était morte, en juin 1759, à l'âge de quarante-huit ans. Julien demeura quelques temps dans sa famille car il avait des frères et des soeurs encore tout jeunes. Promu capitaine de brûlot en 1760, Julien s'embarqua sur un vaisseau du roi, le Robuste, avec mission de faire sortir de l'estuaire de la Vilaine les bâtiments de la Marine Royale qui y étaient bloqués par les Anglais, après le désastre des Cardinaux. En quelques mois, la mission fut accomplie.

Le 14 juillet 1760, Julien Crozet épousa au Port-Louis Jeanne-Marguerite Calvé, âgée de 17 ans, fille d'un ancien officier de la Compagnie des Indes, reconverti dans le commerce des sardines. Par sa mère, Jeanne-Marguerite était alliée à la bourgeoisie de la ville.

 Le 9 janvier 1761, six mois après son mariage, J.Crozet s'embarqua sur le Comte d'Argenson , vaisseau de seize canons, armé en guerre et marchandises et commandé par le Malouin Marc Joseph Marion du Fresne. Il se rendait à l'île de France pour commercer. Il y déposait alors un astronome, le R.P.Alexandre-Guy Pingré.

De retour au Port-Louis en janvier 1764, Julien fit enfin la connaissance de son fils aîné, Jean-François, né le 27 septembre 1761. Les Crozet eurent encore trois autres garçons dont un qui mourut en bas âge et une fille.

Après un voyage en Chine à bord du Penthièvre de 1765 à1767 et en Inde à bord du Condé, comme premier lieutenant, J.Crozet revint au Port-Louis en septembre 1769.
Le roi ayant suspendu le privilège de la Compagnie des Indes par l'arrêté du 13 août 1769, notre navigateur fit une escale plus longue dans sa famille...
Mais en novembre 1770, il repartait pour les Indes, sur la flûte le Duc de Praslin. Lors d'une escale à l'île de France, Julien attira l'attention du commissaire-ordonnateur Poivre qui aidait Marion du Fresne dans ses préparatifs d'expédition à la découverte des terres australes. Ce dernier obtint de Louis XV le prêt de la flûte, le Mascarin (vingt-deux canons) qu'il arma en grande partie à ses frais ainsi que la flûte le Duc de Castries (seize canons), (ex Bruny qui lui appartenait).
Ambroise Le Jar du Clesmeur commandait le Duc de Castries, Marion du Fresne le Mascarin avec Crozet comme capitaine en second.


Les deux navires quittèrent l'île de France le 18 octobre 1771, en direction du cap de Bonne Espérance, pour les derniers préparatifs du voyage. On leva l'ancre le 28 décembre 1771. On devait reconnaître la Terre de Diemen (actuelle Tasmanie) , se diriger vers la Nouvelle-Zélande et pénétrer dans la mer du Sud.

Dès le 6 Janvier, la présence d'albatros, de goélands, de goélettes signalaient la proximité de terres. De fait, le 13 janvier, apparut une côte dominée par des montagnes couvertes de neige dont les pentes étaient très vertes mais sans arbres. Marion baptisa cette côte Terre d' Espérance car elle le confortait dans l'espoir de découvrir un continent austral. Crozet en fit un croquis et releva quelques mesures. Plus loin, on nomma une autre terre île de la Caverne. Ce sont les actuelles îles Marion et du Prince Édouard. L'exploration de cet archipel ne put être faite car le Mascarin, dans le brouillard, aborda et endommagea le Marquis de Castries .

Après une réparation de fortune, les deux bateaux naviguèrent dans le froid, le brouillard, le vent et la pluie et longèrent deux îles que les matelots, dans la frayeur provoquée par la rencontre d'un énorme iceberg, appelèrent Îles Froides. Il s'agit des actuelles île aux Cochons et île aux Pingouins.

La mer s'étant calmée, le 24 janvier, les navigateurs s'approchèrent d'une autre île. Crozet qui y débarqua, en compagnie de quelques officiers et matelots, en a laissé la description suivante:

"Elle était ronde et si haute que par beau temps, on pouvait la voir à vingt lieues. Le sommet des montagnes était couvert de neige (.....) L'endroit où je débarquai était absolument pierreux. Je montai sur une éminence d'où j'aperçus de la neige qui s'étendait dans plusieurs vallées; la terre était couverte d'une petite herbe fine. Je trouvai plusieurs de ces plantes grossières qu'on appelle ficoïdes . En retournant à la côte, je remarquai un petit jonc ressemblant à de l'herbe et quelques amarantes. Les pierres étaient couvertes de mousse et de lichen (...) . Les algues autour du rivage étaient d'une dimension extraordinaire, avec de très grandes feuilles. Je ne pus trouver un seul arbre ou arbuste sur l'île (...). Comme cette île est continuellement exposée aux vents violents d'ouest qui soufflent d'un bout à l'autre de l'année dans ces régions, elle ne semble pas habitable. Je trouvai seulement des éléphants de mer, des pingouins, des pétrels anvergues et cormorans et toutes sortes de variétés d'oiseaux de mer que les navigateurs voient, en pleine mer, lorsqu'ils doublent le cap de Bonne Espérance".

J.Crozet et ses compagnons prirent possession de l'île au nom du roi de France. Ils déposèrent une bouteille contenant le parchemin officiel au sommet d'une pyramide de grosses pierres empilées. L'île avait été nommée île de la Possession. Les explorateurs regagnèrent leurs vaisseaux et, le 25 janvier 1772, ils laissèrent derrière eux cet archipel qui devait recevoir plus tard le nom de Crozet et qui appartient toujours à la France.

Le voyage se poursuivit jusqu'au début mars, sans rencontrer de nouvelles îles, malgré la présence de nombreux oiseaux. Une aurore australe émerveilla les navigateurs. Puis apparut la terre de Diemen dont les nombreux feux témoignaient de la densité de la population. Le 6 mars, les bateaux mouillèrent dans une baie du littoral oriental qui devait devenir la baie Marion. Des individus tout noirs, petits, malingres avec de grosses têtes crépues apparurent sur le rivage.

Marion tenta de débarquer pour s'approvisionner en eau et en bois pour réparer les avaries des deux flûtes. Deux chaloupes abordèrent. Marion et quelques officiers tentèrent de gagner la confiance des habitants par des cadeaux, mais lorsqu'une troisième chaloupe s'approcha du rivage, les indigènes proférèrent des menaces en lançant pierres et sagaies. En réponse, une fusillade faisant un mort et quelques blessés dispersa tout le monde. Pendant quatre jours, les équipages cherchèrent en vain de l'eau et durent s'embarquer pour la Nouvelle-Zélande.

Après une traversée mouvementée, on eut des difficultés à trouver un mouillage convenable et les descentes à terre ne permirent de découvrir que de l'eau saumâtre. Enfin le 3 mai, les deux navires pénétrèrent dans l'actuelle baie des Îles. Une pirogue montée par neuf hommes vigoureux, très agiles et "d'une figure agréable", se porta à leur rencontre. On leur donna des vêtements et bientôt près de 250 indigènes, apportant du poisson, chantant et dansant se trouvaient sur les vaisseaux. Le Mascarin et le Marquis de Castries étaient mouillés au fond de la baie, dans un port excellent que l'on appela Port-Marion.

Trois postes furent établis à terre :
- l'un dans l'île Moutouara, au milieu de la baie. On y installa les malades sous des tentes, la forge et les barriques vides car c'était là que se trouvait le point d'eau. Un officier et dix hommes, plus les médecins, gardaient ce site.
- le second poste se trouvait sur la côte de l'île principale, à une lieue et demi des vaisseaux. Il servait d'entrepôt et de point de liaison avec le troisième poste.
- celui-ci était situé dans une forêt de cèdres, à deux lieues de l'entrepôt. C'était un chantier sur lequel travaillaient les deux-tiers de l'équipage et les charpentiers. Ces ouvriers devaient abattre des arbres, fabriquer des mâts, construire une route jusqu'au rivage. Des officiers et des hommes armés surveillaient également ces deux postes.


Tandis que les travaux d'accastillage se poursuivaient, Marion se passionnait pour la pêche. Il était toujours accompagné d'une foule d'indigènes qu'il couvrait de cadeaux et s'était lié d'amitié avec un chef, Tacouri. Dans un sentiment de totale sécurité, Marion alla même jusqu'à donner l'ordre de désarmer les canots et baleinières qui allaient à terre. Donnons la parole à Crozet:

"Les sauvages étaient toujours parmi nous, que ce soit dans nos camps ou sur nos bateaux et, en échange de clous, ils nous donnaient du poisson, des cailles et des canards sauvages. Ils mangeaient avec nos marins, les aidaient dans leur travaux avec un résultat très appréciable, car ils étaient extrêmement forts. Nos jeunes hommes, attirés par la gentillesse des sauvages et la facilité de leurs filles, parcouraient chaque jour les villages et faisaient même des tournées à l'intérieur de l'île pour chasser les canards( ... ) Malgré les manières fort aimables des insulaires, je ne pouvais oublier que nôtre prédécesseur, Abel Tasman, avait surnommé Baie du Massacre celle où il avait débarqué en Nouvelle-Zélande. Nous ne savions pas que le capitaine Cook l'avait visitée depuis et en avait fait une totale exploration( ... ). Il est très surprenant que ces sauvages, qui l'année précédente avaient vu et fait du commerce avec deux vaisseaux, l'un anglais, l'autre français , ne nous aient jamais permis de soupçonner quoi que ce soit"

De fait quelques signes inquiétants s'observaient : attroupements nocturnes autour du chantier ou de l'hôpital, comportement insolite de certains familiers, concentration d'individus dans les montagnes.

Néanmoins, le 12 juin, Marion accompagné de deux officiers, du capitaine d'armes et de treize hommes, se rendirent à l'invitation du chef Tacouri. Ils n'en revinrent pas le soir.

Le lendemain, la chaloupe du Marquis de Castries transporta à terre douze hommes pour le ravitaillement en eau et en bois. Accueillis par les indigènes avec les démonstrations amicales habituelles, les marins dès qu'ils s'égayèrent, furent attaqués par une troupe dix fois supérieure à la leur, tués, dépouillés et ... dépecés ! Il n'y eut qu'un seul survivant qui put regagner les bateaux à la nage malgré plusieurs blessures et relater les faits dans toute leur horreur.

Il apparaissait vraisemblable que Marion et ses compagnons avaient subi le même sort. Du Clesmeur envoya alors la chaloupe du Mascarin, avec vingt hommes bien armés, pour donner l'alerte au chantier que dirigeait Crozet. En chemin, près du village de Tacouri, ils aperçurent le canot du Mascarin et la chaloupe du Marquis de Castries, entourés d'indigènes qui arboraient les armes de leurs précédents occupants.

A proximité du chantier, se trouvaient plusieurs centaines de guerriers en armes . Il fallut tout le sang-froid de Crozet pour ramener ses hommes indemnes, avec le maximum de matériel, sous le regard hostile de toute cette troupe. L'agressivité se déchaîna lorsque la chaloupe, lourdement chargée, quitta la côte. Les marins ripostèrent par une fusillade qui fit un certain nombre de morts.

le lieutenant Crozet fait feu sur les nouveaux zélandais


Dès qu'elle se fut déchargée à bord du Mascarin, la chaloupe se rendit à l'île Moutouara avec un détachement bien armé, commandé par un officier. Les malades furent évacués le soir même à bord du Mascarin tandis que les soldats organisaient un retranchement autour de la forge et de la source et tenaient le village voisin sous surveillance. Le lendemain, 14 juin, Crozet envoya sur l'île un second détachement avec deux officiers. Il n'était en effet plus possible de se ravitailler sur l'île principale.
Dans l'après-midi, plusieurs centaines d'aborigènes, armés et menaçants, s'approchèrent de la station. Les soldats, en ordre de bataille, marchèrent sur eux, baïonnette au canon mais sans ouvrir le feu. Les insulaires se retirèrent jusqu'à leur village où ils se retranchèrent. Les chefs, très excités, les incitaient à l'affrontement. Les soldats tirèrent, abattant six chefs et un certain nombre de combattants, pourchassant les autres jusqu'à leurs canots. L'île fut nettoyée et le village brûlé.


Désormais les travaux d'accastillage se poursuivirent à bord. Il fallut renoncer aux beaux cèdres et confectionner des mâts de fortune pour le Marquis de Castries. Tous les jours, la chaloupe effectuait le ravitaillement en eau et en bois dans l'île de Moutouara, toujours sous bonne garde. En effet, à plusieurs reprises, des guerriers avaient tenté de s'infiltrer dans l'île, à la faveur de la nuit, et même en s'affublant des vêtements des marins disparus. Des deux vaisseaux, il était possible de voir les sentinelles postées sur les éminences et d'entendre leurs cris au moindre mouvement des marins. Pour montrer qu'ils restaient vigilants, ceux-ci tiraient de temps à autre un coup de canon dans leur direction.

Le 7 juillet, on fit une descente au village de Tacouri. Les maisons avaient été désertées, seuls demeuraient quelques vieillards. On avait aperçu Tacouri fuyant dans la montagne, revêtu du manteau de Marion. Toutes les maisons furent fouillées. On y trouva des vêtements criblés de coups de sagaies et ensanglantés, des pistolets et les armes de la chaloupe. Un fémur, portant quelques lambeaux de chair, garnissait la broche d'un foyer. Dans la maison du chef, une tête humaine, cuite et en partie dévorée, était enfilée sur un poteau... Les preuves de l'assassinat de Marion et de ses compagnons étant suffisantes, le village fut incendié.

Du Clesmeur, Crozet et les officiers des deux navires, réunis en conseil, décidèrent qu'en raison des pertes subies en hommes et en matériel, il était plus sage de retourner à l'île de France, sans rechercher de nouvelles terres, mais en passant par les îles Mariannes et les Philippines où il serait possible de s'approvisionner.

Le 11 juillet 1772, avant de lever l'ancre, Du Clesmeur et Crozet (qui commandait maintenant le Mascarin), prirent possession, au nom du roi, de la "France Australe", sans se douter que James Cook et Jean-François de Surville avaient l'un et l'autre débarqué sur cette côte, moins de deux ans auparavant.

Le voyage devint vite extrêmement pénible : eau rationnée, viande salée pour toute nourriture. Le scorbut décimait les équipages. Le 20 septembre, les navires arrivèrent en vue des îles Mariannes et le 24, le canot du Marquis de Castries ramena de l'île de Guam de la viande fraîche et des oranges. Le 27 septembre, le Marquis de Castries et le Mascarin saluaient Port-Saint-Louis de neuf coups de canon. Le gouverneur mit à la disposition de Crozet et du Clesmeur la maison des Jésuites pour l'état-major et une caserne pour faire office d'hôpital.

J. Crozet a laissé une description idyllique de l'île de Guam :

"Tout y était réuni pour le bonheur d'un homme qui aime la solitude, la verdure, l'ombrage, la fraîcheur, le parfum des fleurs, des eaux cristallines sortant d'un rocher et tombant en cascade, le chant d'une multitude d'oiseaux, des échappées de vue, des cocos, des rima, des citrons..." et ce bourlingueur impénitent concluait ."Je ne pouvais quitter sans regret ces endroits délicieux; j'y aurais passé ma vie."

Le 19 novembre, nos navigateurs reprirent la mer et le 7 décembre, ils mouillèrent à l'entrée du golfe de Manille. Après visite au gouverneur des Philippines, Crozet put enfin disposer de tout ce qui était nécessaire au radoub du Mascarin. Mais l'opération fut longue en raison des problèmes de main d'oeuvre occasionnés par le mauvais état de santé de l'équipage et les nombreuses désertions qui eurent lieu dans ce port.

Le Marquis de Castries appareilla pour l'île de France le 10 février 1773 et le Mascarin un mois plus tard, après avoir recruté une trentaine de Philippins pour palier les défections de l'équipage. Le 7 mai 1773, J. Crozet arrivait au Port-Louis de l'île de France et le 4 novembre, il débarquait du Triton au Port-Louis de Bretagne, après une absence de trois ans.

Julien demeura un an dans sa famille, temps qu'il mit à profit pour obtenir de Louis XV le grade de capitaine de brûlot. Son dossier contient la note élogieuse suivante:

"Paraît par sa bravoure, ses connaissances et son expérience, digne d'être admis dans la Marine du Roi. Il a beaucoup navigué et avec fruit, a été chargé de divers commandements dont il s'est bien acquitté, s'est trouvé à plusieurs combats très vifs pendant les deux dernières guerres, a été honoré plusieurs fois du brevet de lieutenant de frégate et de capitaine de brûlot ..."


Le 7 décembre 1774, J.Crozet prenait le commandement de l'Ajax, en partance pour les Mascareignes. A l'escale du Cap, il rencontra James Cook qui revenait de son second voyage. Crozet lui communiqua les cartes des terres qu'il avait explorées et, dans son journal, le capitaine anglais loua l'esprit de découverte du navigateur français.

Julien revînt au Port-Louis en août 1776. En seize ans de mariage, il n'avait pas passé la valeur de trois années auprès de son épouse. Néanmoins en mars 1777, il reprenait la mer comme capitaine, à bord de l'Elisabeth, laissant sa femme enceinte de leur dernier enfant.
On a écrit que ce fut son ultime voyage et qu'il mourut en 1780, "quelque part en mer" . Dans un article publié en 1952 à la S.H.A.B, H.F.Buffet signale qu'il serait mort à Paris, le 24 septembre 1782.

Jeanne-Marguerite Crozet mourut au Port-Louis, le 14 janvier 1784, à l'âge de quarante-deux ans.

Depuis 1966, une rue de Port-Louis, dans le quartier de Kerzo, porte le nom de Julien Crozet. Elle se trouve à proximité de celle de Surville.

La dramatique incursion des Français en Nouvelle-Zélande et les circonstances de la mort de Marion du Fresne et de ses compagnons ont donné lieu à diverses interprétations.

- L'abbé Rochon qui publia, peu après la mort de Crozet, le récit de son expédition en Nouvelle-Zélande, estimait que les indigènes s'étaient vengé des sévices que leur avait infligés Surville.
- Un Anglais, le major A. Cruise, se trouvant en Nouvelle-Zélande cinquante ans après l'événement, dit en avoir recueilli le récit de la bouche même des Maoris. Jouant la carte de la confiance pour mieux dissimuler leur complot, ceux-ci se seraient vengés de Marion qui aurait brûlé deux de leurs villages.
- En 1851, un médecin anglais, le docteur Thomson, appelé à proximité de la baie des Îles, à l'occasion du naufrage d'un bateau français, surprit par hasard la conversation de Néo-Zélandais évoquant le massacre de Marion. Selon eux, leurs ancêtres (car il n'y avait pas de survivants de l'époque) s'étaient sincèrement liés d'amitié avec les Français. Mais ceux-ci auraient violé des lieux sacrés, déclenchant la colère meurtrière des habitants.


Le voyage de Crozet