Pierre-Jean Ronarc'h

(1892 - 1960)
Amiral


L'amiral Ronarc'h - coll. part.
L'épopée du cuirassé Jean Bart

Si l'on demandait aux Port-Louisiens qui est cet amiral Ronarc'h qui a donné son nom à une rue du quartier de Kerzo, beaucoup sans doute répondraient qu'ils ne savent pas.

Quelques-uns évoqueraient l'amiral qui commanda les Fusiliers Marins à "Dixmude" en 1914. Mais bien peu donneraient la bonne réponse, à savoir : Pierre Jean Ronarc'h, son neveu, premier commandant du cuirassé Jean Bart et, à ce titre, organisateur et animateur de l'évasion du navire de Saint-Nazaire en juin 1940.

Rappelons les faits : le 12 décembre 1936 est posé à Saint-Nazaire le premier rivet du cuirassé Jean Bart de 35000 tonnes. Il doit être construit dans la forme-écluse des chantiers de Penhoët, ses dimensions interdisant un lancement traditionnel. La mise à flot, par remplissage de cette forme-écluse a lieu le 6 mars 1940 et les travaux sont activement poussés à bord pour permettre la sortie du navire le 1er octobre 1940. Cette sortie exige le dragage, entre forme-écluse et eau libre, d'une tranchée longue de 1000 mètres permettant le passage lors d'une pleine mer de vives-eaux d'un bâtiment d'un tirant d'eau de 9 mètres. La tranchée doit avoir 70 mètres de largeur.

Les travaux ont pris du retard, et, début mai, il n'est plus permis d'espérer la fin du dragage dans les délais prévus.

Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchent leur offensive et enfoncent le Front français. Saint-Nazaire entre bientôt dans le rayon d'action de l'aviation ennemie et le Jean Bart est menacé. Les alertes aériennes signifient de nouveaux retards. Il faut pourtant absolument éloigner le navire.

Le Capitaine de Vaisseau Ronarc'h, commandant du Jean Bart en achèvement, conscient de cette nécessité, après examen des différents facteurs du problème, arrive à la conclusion que le départ du navire ne peut avoir lieu avant la grande marée de la seconde quinzaine de juin. Il n'est possible que si une tranchée minimale est draguée en temps utile entre la forme-écluse où est amarré le bâtiment et l'eau libre. Il obtient le concours des Ponts et Chaussées de Nantes qui, par un travail acharné de jour et de nuit, mettent à disposition le 19 juin dans la nuit un chenal suffisamment profond - théoriquement - mais moins large que prévu.
De leur côté, les Chantiers et la Marine ont activement poursuivi les travaux d'armement et le navire dispose d'un groupe de machines, d'une rue de chauffe, de son appareil à gouverner et de ses dynamos. La tourelle de 380 est terminée; deux affûts doubles de 90 antiaériens sont installés ainsi que quelques armes antiaériennes de moindre calibre.

Le Jean Bart sous les bombes allemandes - coll. part.
La sortie a été fixée à la pleine mer dans la nuit du 18 au 19 juin. Cinq remorqueurs doivent assister le Jean Bart dans ses évolutions.
L'appareillage et le remorquage se font de nuit dans des conditions excessivement difficiles, certaines manœuvres sont effectuées à bras d'homme. Le navire s'échoue deux fois au cours de cette sortie de la forme-écluse et ne réussit à se dégager que grâce aux remorqueurs.
A 4 heures 40 du matin, l'aviation allemande attaque à plusieurs reprises et l'atteint heureusement sans gravité. Enfin, le cuirassé, rejoint par les torpilleurs Hardi et Mameluck, puis par l'Epée, après quelques incidents de condenseur et un ravitaillement en mazout en haute mer, atteint Casablanca par ses propres moyens le 22 juin 1940 dans la soirée. Les allemands entrent à Saint-Nazaire quelques heures après le départ du bâtiment.

C'est bien grâce à l'obstination et à l'énergie du Capitaine de Vaisseau Ronarc'h, aidé par le personnel des Ponts et Chaussées, des Chantiers de Penhoët et des fournisseurs d'équipements du navire, ainsi que par son équipage de la Marine Nationale, que le cuirassé Jean Bart a pu s'échapper de Saint-Nazaire, littéralement à la barbe des Allemands, et se réfugier au Maroc où il reste jusqu'à l'arrivée des Américains.

Le Capitaine de Vaisseau Pierre Jean Ronarc'h est né le 26 novembre 1892, à Lorient où son père est clerc de notaire. Son grand père maternel est le Capitaine d'artillerie Martinie, affecté au Port-Louis et sa mère Laurence Martinie est donc d'origine Port-Louisienne. Il est le neveu de l'amiral des Fusiliers-Marins de "Dixmude".

Entrée à l'école Navale en 1910. Affectations diverses dont la Brigade des Fusiliers-Marins. Au cours de sa carrière, Commandant en second du Strasbourg en 1937 puis Commandant du Montcalm avant de recevoir le commandement du Jean Bart alors en construction.
Il est nommé Contre-Amiral en 1941, à Casablanca, et commande la Marine au Maroc en 1942 et 1943.
Vice-Amiral en 1944, il a sous ses ordres les Forces Françaises en Méditerranée à la fin de la guerre et est Commandant de la Marine en Algérie à partir de 1947.
Du Capitaine de Vaisseau Ronarc'h, Commandant du Montcalm, le Commandant Blanchard, dans son livre sur Jean l'Herminier qui servit sur ce croiseur, dit :
"Grand, massif, l'air sévère, formé aux plus anciennes traditions maritimes, c'est un excellent marin et un chef énergique. Tant par son aspect physique que par ses vertus, l'Herminier et tout le monde après lui ne l'appelle que "Le Robuste". C'est un surnom qui lui restera."

Ses obsèques officielles sont célébrées aux Invalides le 9 décembre 1960 (il est décédé au Val de Grâce) et il est inhumé au Port-Louis, pays de sa mère, le 10 décembre 1960, en présence de nombreuses associations patriotiques et d'amicales d'anciens marins qu'il commanda.

La simple dalle de sa sépulture porte les simples mentions suivantes :

VICE-AMIRAL D'ESCADRE RONARC'H
GRAND OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR - CROIX DE GUERRE
1914-1918 - 1939-1945
26 NOVEMBRE 1892 - 5 DECEMBRE 1960
IL SAUVA LE JEAN BART - 19 JUIN 1940

Quelle plus belle épitaphe pouvait-on donner à cet homme.

C'est le 21 juillet 1967 qu'une délibération du Conseil Municipal donne son nom à une rue qui va de l'Avenue de Kerzo au cimetière.