20ème siècle : le déclin du Port-Louis
Après les pulsations dynamiques ou orageuses des périodes précédentes, le XXème siècle apparaît comme une constante déplétion. Même si le train apporte, en ce début de siècle, une dynamisation des échanges, personnes et marchandises, il disparaitra comme beaucoup de ces éléments de progrès devant les nécessités de la rentabilité et l'essor de l'automobile à la fin de la deuxième guerre mondiale.

La guerre de 1914-1918 amène, comme partout, son cortège de drames, de mort et l'hôpital maritime regorge de blessés.

Les marins de Port-Louis ont été associés aux faits d'armes et aux nombreux drames maritimes qui ont jalonnés ces années difficiles aussi bien sur terre que sur mer.
La paix revenue, c'est la sardine qui se raréfie. Port-Louis se reconvertit dans la pêche au thon mais l'activité de ses ports est fortement concurrencée par l'aménagement du port de pêche de Lorient à Kéroman (1927).

L'hôpital maritime, dernier bastion port-louisien de la Marine, est transféré à Lorient en 1936.

La guerre de 1939-1945 est jalonnée d'événements remarquables concernant Port-Louis :
- en 1940, l'évasion du Jean-Bart commandé par l'amiral Pierre-Jean Ronarc'h, de famille port-louisienne,
- l'évacuation et les bombardements de la ville (environ 200 maisons détruites),
- l'occupation et la libération de la poche de Lorient qui se termine tragiquement par la découverte du charnier des 69 fusilliés  de la Citadelle.

Mémorial aux 69 fusillés du charnier découvert près de la citadelle en 1945.
Depuis 1950, les conserveries, l'une après l'autre, ont fermé leurs portes tandis que la flottille de pêche s'est amenuisée entraînant dans son sillage une bonne partie de l'artisanat local.

La plaisance et le tourisme devront s'efforcer de combler les vides du port...




Le chemin de fer Port-Louis au bout de la voie

Les gares C.M. (Chemin de fer du Morbihan) étaient de petits bâtiments rectangulaires austères avec une unique porte-fenêtre au rez-de-chaussée et une unique fenêtre d'étage par façade ; la halle à marchandises était accolée.

Celles de fin de section ou de terminus, comme au Port-Louis, étaient plus grandes : deux portes au rez-de-chaussée et deux fenêtres à l'étage. Il y avait des remises à machines aux terminus.
La gare de Port-Louis - coll. part.

La vitesse commerciale des trains à vapeur était de l'ordre de 23 à 25 km à l'heure.

Les 12 premières locomotives livrées en 1902 étaient des Corpet et Louvet, type 030T, 15 tonnes à vide avec des roues de 0,95 de diamètre. Elles circulèrent uniquement sur les lignes départementales, sauf une qui fut utilisée comme tramway sur la ligne La Trinité s/ Mer - Étel.

Des machines de type Pinguely furent construites sur les mêmes dessins que les premières Corpet et Louvet. Il y eut plusieurs livraisons.

En 1911, la ligne du Port-Louis fut dotée des machines 317 à 324, numérotées de 38 à 45. Elles étaient toutes du type 030 T, de 15 tonnes à vide, diamètre des roues 0,95, distribution Walschaerts. Elles étaient toutes peintes en vert assez clair (P.L.M.) avec des filets rouges.


loc
Lomotive PINGUELY
Empattement court (2m) capable de s'inscrire dans des courbes de 40 mètres,
pesait 15 tonnes à vide, emportait 2000 litres d'eau et 550 kgs de charbon.
Elle pouvait remorquer un convoi de 85 tonnes sur une pente de 25m/m (par mètre).
coll. part.



Le parc des voitures était surtout constitué par des voitures à deux essieux :
- certaines étaient mixtes, comportant 6 places assises de 1ère et 12 places assises en 2nde ;
- les autres ne comportaient que des secondes classes avec 18 places assises.
Le bas de la caisse était en bois apparent non tôlé. Les places étaient toutes perpendiculaires à la marche.

Le matériel marchandise comportait des wagons couverts, des tombereaux, des plates-formes, des plats à traverses mobiles, tous peints en gris.

Les C.M. disparurent après la guerre de 1939-45, bien qu'ils aient encore rendu service pendant l'Occupation.


D'après un article de M.R. Hulot, "La Vie du Rail" n° 643, 1964.



Témoignage

train d'étéNous habitions à cette époque à Rouen et nous venions, chaque été, passer nos vacances chez notre grand-mère au Port-Louis qui tenait le "Café", dernièrement tenu par Mme Pézennec à la Pointe.
Le voyage par le train de Rouen, Rennes, Lorient, durait une bonne journée. Nous descendions le plus souvent à Lorient, mais notre plaisir, à nous les gosses, c'était de prendre le "teuf-teuf" à Hennebont jusqu'à Port-Louis en passant par kervignac, Merlevenez, Plouhinec et Riantec.
Je ne sais plus combien de temps durait ce trajet, la moyenne était basse mais le spectacle était permanent. A travers la campagne, les champs et les bois, il n'était pas rare de voir le train s'arréter pour charger, contre son gré, une vache pour les abattoirs du Port-Louis. Quand elle s'échappait, la "corrida" commençait pour le plus grand plaisir des voyageurs.
Quelques fois, des retardataires couraient le long de la voie et sautaient sur la plateforme arrière du wagon, sous les encouragements de ses occupants. Les voitures voyageurs n'étaient pas très confortables. Un couloir central séparait deux rangées de bancs en bois à deux places. L'abondante fumée de la locomotive les envahissait souvent, apportant son lot d'escarbilles.
Nous arrivions au Port-louis, exténués, poisseux, noirs comme des charbonniers, mais heureux de ce voyage plein d'aventures.
Témoignage de Mme CONAN



Poésie
Coup de sifflet, pour le départ
Le grand voyage a commencé
Treize kilomètres, de part en part
Tous les Jours à recommencer
Il s'en allait en cahotant
Et aussi beaucoup en soufflant.
C'était le petit train d'antan.
Ce, par la côte en montant
Gémissant fort sur ses ressorts
Arrivait quand même à bon port.
Ce n'était certes pas l'essort
Mals juste à l'heure, sans de report
Bien sûr il y avait son âge
Sans doute d'avoir trop servi
Les gens faisaient ce grand voyage
Certains, simplement par envie.
Oui, tous alors, tous, nous l'aimions,
Le prendre était un jour de fête
Bien vite, nous nous précipitions
Souvent sur un coup de tête
Port-Louis Hennebont, quelle ballade
De défiler si lentement.
On y jouait même une aubade
Pour une joie à tous moments.
Et puis un jour ce fut la fin,
Le dernier voyage du défunt.

Jean Pennec ( en 2000), marin port-louisien



La gare de Port-Louis a été dirigée, pendant la Guerre de 1914-1918, par une femme, Madame LEROY, née Anne-Marie le MAÔ. Elle remplaçait son époux, chef de gare mobilisé.  Ce dernier ayant été tué pendant la guerre, elle fut confirmée comme chef de gare à Port Louis. Elle garda cette fonction jusqu'à sa retraite. Retraitée, elle ouvrit un salon de coiffure à Port-Louis. 

Renseignements de Monsieur Albert Dureau






Les marins du port-Louis  


Les marins port-louisiens dans la première guerre 


24 février 1915 - Premier navire perdu dans l'Adriatique, le Dague saute sur une mine.
  • Jean Le Loher fait partie des 39 rescapés.

27 au 28 avril 1915 dans la nuit, le Léon Gambetta croiseur cuirassé de 12500 tonnes (Capitaine de vaisseau André) assure le blocus de l'Adriatique. Il est torpillé par l'U5 cdt Von Trapp. Pas de signal de détresse faute d'électricité. Evacuation dans le calme. Un canot prévu pour 58 hommes est chargé de 108 et grâce au temps très calme parvient à rejoindre la côte italienne et donner l'alerte. 684 victimes.
Les port-louisiens :
  • François Tulard, qui passe 14 heures dans l'eau avant d'être receuilli,
  • François Galloudec, quartier-maître
  • Pierre Levagueresse, matelot chauffeur,
  • Louis Lescoet, matelot,
font partie des 108 du canot.


30 octobre 1915 - Le sous-marin de 400 tonnes Turquoise est capturé par les turcs après avoir combattu pendant 10 jours et réussi le passage des Dardanelles.
  • François Kerlo, quartier-maître mécanicien, décède de la grippe espagnole pendant sa captivité.
Le sous-marin Monge - 400 t - coll. part.

29 décembre 1915 - Le sous-marin Monge est abordé par le croiseur autrichien Helgoland lors d'une attaque et coule avec son commandant Rolland Morillot.
Tout l'équipage est sauvé dont :
  • Crépin Rio, port-louisien de la petite rue.

8 février 1916 - Le croiseur de 4700 tonnes Amiral Charner est torpillé et coule en trois minutes entraînant la plupart de l'équipage. Seuls restent en surface deux groupes d'hommes (50 et 14).
Le 13 février un seul homme :
  • Cariou, le quartier-maître canonnier,  est sauvé par le remorqueur Laborieux.
  • Joseph Rio de Locmalo est parmi les victimes.

26 février 1916 - Le croiseur auxiliaire Provence II de 15000 tonnes est torpillé entre Crête et Grèce par l'U35 commandé par Arnault de la Perrière. Il parvient à lancer un signal de détresse et le paquebot hôpital Canada et les contre-torpilleurs Fantassin et Cavalier sauvent 1300 personnes sur les 2450 embarquées. Parmi les survivants :
  • Jean Clunet médecin de Kerzo,
  • Joseph Danic de Locmalo.
18 mars 1916 - Le torpilleur Renaudin est torpillé dans l'Adratique. 36 rescapés dont :
  • Robert Kerhuel.
Le cuirassé Suffren - 12700 t - coll. part.

26 novembre 1916 disparition du cuirassé Suffren avec à son bord :
  • François Jego de Locmalo,
torpillé par l'U52 au large du Portugal.


27 juin 1917 - Le croiseur Kleber saute sur une mine : 38 victimes.
  • Auguste Rio,
  • Auguste Bourdais
sont sains et saufs.


22 août 1917 - L'affaire du Kleber, trois mâts goélette armé d'un canon de 47 attaqué par un sous-marin se défend tant et si bien que celui-ci abandonne non sans avoir perdu et récupéré un de ses membres d'équipage. Le patron et le second y perdent la vie.


14 bateaux de Port-Louis, essentiellement des dundees, sont coulés par des sous-marins dont : Fleur d'espérance - Etoile polaire - Eugène et Lucie - Le frère des 5 sœurs - Jeune Albert - Reine Hortense - Ami de Dieu - Thérèse et Marthe - Bayard sans peur - Maurice Barrès - Angélus - Jeanne Geneviève





Les marins port-louisiens, victimes de la guerre 1914-1918 


Août 1914. L’Europe prend feu. Qui pourrait imaginer que la guerre fraîche et joyeuse, brève et victorieuse que prédisent les augures va devenir le plus terrible massacre de tous les temps ? Qui oserait penser que pas une ville, pas un village de France ne serait épargné ?

La mobilisation générale des Armées de Terre et de Mer à peine proclamée, les Port-Louisiens en âge de combattre vont, comme tous les Français, être appelés sous les drapeaux. Qui sont ces jeunes gens ? Pour la plupart, qu’ils soient mariés ou célibataires, riches ou pauvres, leur activité professionnelle est, en majorité, en rapport direct ou indirect avec la mer, la pêche étant alors la première pourvoyeuse d’emplois. La logique voudrait qu’une partie importante de ces malheureux futurs combattants soit appelée à servir sous le pavillon de la Marine Nationale. Il n’en est rien.

La guerre sur terre se révèle très vite une terrible mangeuse d’hommes. L’Infanterie « reine des batailles » a sans cesse et de plus en plus besoin de chair fraîche. La Marine, pour sa part, n’est pas amenée à passer immédiatement à l’action et la guerre entière s’écoulera sans autre grande bataille rangée navale que celle du Jütland, bien que les combats soient devenus de plus en plus acharnés en Méditerranée, avec la campagne des Dardanelles, ainsi qu’en Manche et en Atlantique, du fait de l’intensification par l’ennemi de la guerre sous-marine. Les besoins en hommes sur mer étant moins pressants, nos Port-Louisiens sont majoritairement amenés à combattre sur terre, loin de leur élément naturel. C’est pourquoi, lorsqu’on énumère la trop longue litanie des « Morts pour la France », on en dénombre beaucoup plus victimes des fronts du Nord et de l’Est que morts en mer ou sous les couleurs de la « Royale ». C’est sur cette minorité que je voudrais me pencher aujourd’hui.

Zone de Texte: Amiral Ronarc’h « La Guerre navale racontée par nos amiraux. »Et, d’abord, parlons chiffres. Chiffres monstrueux, puisque derrière eux, se dissimulent des vies et des familles brisées. Si l’on en croit les noms inscrits sur le monument aux morts, la Grande Guerre serait au total responsable de la mort de 133 Port-Louisiens. Parmi eux, 23 seulement, si l’on ose dire, donnèrent leur vie sous l’uniforme de la Marine, ce qui ne signifie pas qu’ils moururent en mer.

Avant de poursuivre, un bref aparté. Les statistiques officielles des victimes ne tiennent pas compte de tous les décès survenus après la guerre, même s’ils étaient directement dus à celle-ci : gazés, infirmes, suicidés, malades (typhus, paludisme, dysenterie et autres horreurs) nombres d’entre eux, décédés bien après la fin des combats, n’ont pas droit à une inscription sur un monument. Les chiffres cités ci-dessus seront donc toujours sujets à caution…

Revenons à nos marins dûment recensés. L’avance allemande à travers la Belgique, la course vers la mer et les ports de la Mer du Nord sont à l’origine des premiers rudes combats en un lieu demeuré célèbre : Dixmude. C’est là que s’illustrent pour la première fois nos concitoyens combattant sous l’uniforme des fusiliers-marins. Bataille terrestre, certes, mais menée avec la participation au premier rang des troupes de la Marine, sous les ordres de l’Amiral Ronarc’h .

Parmi ces fusiliers-marins, un officier port-louisien se distingue particulièrement : le lieutenant de vaisseau Georges Duc, futur Amiral, chef d’une batterie d’artillerie de marine dans la Woëvre, gravement blessé lors de l’explosion d’une « marmite ». Il survivra et reprendra le combat…

Malheureusement pour eux, d’autres garçons de chez nous se trouvent aux premiers rangs de cette furieuse bataille et y laissent la vie :

  • Jean Moullac, 26 ans, domicilié rue du Nord, le premier d’entre eux chronologiquement, semble être le fusilier-marin, frappé à la tête le 21 octobre d’un éclat d’obus qui le tue net. Il est enterré sur place.
  • Albert Jacob, 25 ans, matelot-fusilier et, comme lui, du 1er Régiment de fusiliers-marins, perd la vie au même endroit et le même jour,.
  • Eugène Jego, 45 ans, de la rue du Port en Locmalo, premier maître, père de cinq enfants, blessé sur l’Yser, près de Dixmude, est ramené le 24 octobre à l’hôpital temporaire de Rossendaele, non loin de Dunkerque, où il décède le 26 au soir.
  • Julien Kerneur, 20 ans, un autre habitant de Locmalo, est blessé grièvement d’une balle dans le dos sur le même champ de bataille et ce même 24 octobre et sous le même uniforme. Il meurt à l’hôpital de Dunkerque le 27.
La liste des marins morts ne s’interrompt pas après les combats dans le Nord :
  • Pierre Le Port, malouin domicilié à Locmiquelic , embarqué sur le Descartes, va se faire tuer en 1915 au Mexique lors d’une opération de maintien de l’ordre.
  • Vincent Bozec, 25 ans, marin-canonnier, meurt peu après au Bois de la Gazelle le 1er juillet, au sein du 163e R.I.
  • François Graignic, 36 ans, fusilier-marin, succombe à ses blessures le 23  en Belgique, à l’ambulance de La Panne.
  • Jean-Pierre Raut, 40 ans, marin-pêcheur incorporé dans l’Infanterie de Marine, père de trois enfants, est tué sur la Marne, le 26 septembre, d’une balle en plein front.
  • Joseph Le Fée, 25 ans, se tue accidentellement en service commandé à Saint-Nazaire le 15 octobre.



Le 8 février 1916, le vieux croiseur-cuirassé Amiral Charner est torpillé au large de Beyrouth et sombre en trois minutes. Il n’y aura qu’un survivant, le quartier-maître Cariou, de Clohars-Carnoet. Parmi les 426 victimes, on compte le quartier-maître-chauffeur Joseph Rio, de Locmalo , âgé de 35 ans.


l'Amiral Charner

Amiral Charner. Dessin Léon Haffner -  Coll. part.


La même année, bien loin de là, au retour des bancs de Terre-Neuve et de Saint-Pierre-et-Miquelon, la goélette Xénophon est coulée par un sous-marin . René Jupier, du Driasker, disparaît avec tout l’équipage. René Jupier n’est qu’un marin-pêcheur: mort de fait de guerre, il n’aura pas droit à son nom sur le Monument, ni au titre «Mort pour la France»… mystère des arcanes militaires…

Le 23 octobre, on célèbre la messe d’enterrement du marin-canonnier Joseph Ribler, mort après six mois d’hôpital à Angicourt. Né à Quiberon, Joseph Ribler était devenu Port-Louisien par son mariage avec Françoise Rio, de l’Avancée.

C’est le 26 novembre que le cuirassé Suffren, retour des Dardanelles, est torpillé au Nord-Ouest de Lisbonne par le sous-marin U52. Au nombre des 716 morts, figure le matelot sans spécialité François Jego, de Locmalo.

L’année 1917 s’annonce, pour les Port-Louisiens sous de moins funestes auspices. Pas pour longtemps ! S’il faut attendre le 7 avril pour déplorer le premier décès (Caporal Pierre Druais, tué à Laffaux), la litanie va reprendre, pour nos marins, le 24 septembre, à Rousbrugge, en Belgique, quand est tué le matelot Marcel Jan du 1er régiment de fusiliers.

C’est ensuite le matelot Joseph-Aimé Danic, qui disparaît avec le chalutier Henri, de Saint-Jean-de-Luz, coulé le 12 octobre, par la tempête, dira-t-on. Nul n’en sait rien. Joseph-Aimé Danic fera partie des «Morts pour la France».

1918 sera l’année la plus noire des marins de Port Louis. Elle commence, le 22 février par le décès à Salonique du quartier-maître mécanicien Auguste Bourdais qui avait échappé à la mort au cours du naufrage du Kleber, le 27 juin précédent. Il est brûlé accidentellement dans sa chaufferie par un feu d’essence et agonise près de dix jours…

- Le 12 avril, le quartier-maître infirmier Robert Keruhel meurt en Grèce. On meurt beaucoup, sur le front d’Orient, surtout de maladie, de privation, de misère. Un infirmier y est en première ligne.

- Eugène Tuauden, quartier-maître mécanicien du cuirassé Vérité, meurt à Tarente, âgé de 34 ans, le 26 août,

- Le 11 octobre, disparaissent en mer, lors du torpillage par un sous-marin du dundee Bayard Sans Peur, André Formal, novice de 17 ans, et Jean-Pierre Tuauden, matelot de 35 ans.

- Le 14 novembre, arrive la nouvelle de la mort du quartier-maître mécanicien François Kerlo. Fait prisonnier par les Turcs sur le sous-marin Turquoise le 30 octobre 1915, lors de la lamentable tentative de percement de détroit des Dardanelles, il succombe à la grippe espagnole dont il était atteint lors de son arrivée à l’hôpital Haïder Pacha… le 11 novembre!

- Le 2 décembre 1918, à l’Hôpital Maritime de Port-Louis, décède, à 41 ans, le matelot sans spécialité Auguste Evano, précédemment affecté à la Défense Fixe.

Enfin, le 6 février 1919, car à cette date, on l’oublie, nous sommes toujours en guerre dans les Dardanelles, le matelot-mécanicien de 25 ans Emile Vervial disparaît à jamais en mer avec le remorqueur Paris. Il vient clore la liste des victimes engagées, appelées ou mobilisées sur place par la marine Nationale, la marine Marchande ou la Pêche dans le quartier de Port-Louis.

En conclusion de cet article, un dernier souhait : que je n’aie pas omis de citer une des malheureuses victimes de cette épouvantable tragédie ; une dernière remarque : il ne faut pas oublier tous ceux qui, malades, blessés, infirmes, estropiés à vie dont on parle si peu, «écrasés » qu’ils sont toujours par le poids de ceux qui sont morts.

 

Extrait de « Ceux du Blocus.


Extrait de

Les Dardanelles
Dessin Paul Chack




Michel Collyer

 

 C’est son neveu qui mena l’évasion du Jean Bart en 1940 et est enterré à Port-Louis.

    Voir Chroniques Port-Louisiennes, Les Gens de Mer, été 2001
           Portrait de Ronar'ch





La guerre de 1939-45 à Port-Louis  


Petite chronique de la ville (1939-45)

1939

Jeudi 2 - vendredi 3 Février - Arrivée de deux contingents (180+280) de réfugiés espagnols. Ils sont logés dans l'ancien hôpital maritime fermé depuis le 01/08/36.
Semaine du 20 au 27 Août - La Citadelle est remplie de marins réservistes rappelés en attendant la mobilisation générale.
Vendredi 1er Septembre - Les affiches annonçant la Mobilisation Générale, à compter du 2 Septembre, sont apposées. Le tocsin sonne.
A partir du 2 Septembre - Port-Louis s'organise pour faire face à la situation de guerre. Les sonneries de cloches sont réservées aux alertes. On constitue des équipes de lutte contre les incendies dus aux bombardements. On se prépare aussi à accueillir de nouveaux réfugiés, français cette fois.
Jeudi 21 Septembre - Annonce du décès du premier port-louisien mort pour la France : Louis Dréano, victime de la destruction du navire le Pluton
A partir du 30 Novembre - Deux comités sont constitués, l'un, cantonal, présidé par Mr le Nezet, Conseiller Général-Maire de Plouhinec, le second, municipal présidé par Mr QUuerzérho, 1er Adjoint, remplaçant Mr Charrier, Maire, mobilisé. Ces comités sont chargés sous la conduite de Mlle Louise Samson de distribuer des secours aux familles sans ressources et des colis aux marins et soldats. Une permanence est installée 6, rue de la Citadelle.

1940

Jeudi 18 avril - Un cyclone qui a duré toute la journée cause des ravages importants.
Mercredi 5 Juin - Port-Louis accueille un grand nombre de réfugiés du Nord de la Franoe. Ils sont logés dans des maisons particulières et à l'ancien hôpital maritime.
Dans la nuit du 7 au 18 juin - Des avions ennemis survolent la rade et bombardent Lorient, la D C A tente de s'y opposer. On annonce l'arrivée imminente des allemands. C'est le sauve qui peut général. On s'embarque sur tout ce qui flotte, on sabote ce qui peut l'être, les magasins à poudre de l'île St Michel, les réservoirs de carburant du port de pêche, ceux de l'Arsenal etc... On frise la panique.
Vers 15 heures le chalutier LA TANCHE de Fécamp saute sur une mine dans les courreaux de Groix et disparaît en quelques minutes. Il y avait plus de 200 personnes à bord. Il n'y aura que 10 survivants.
Vendredi 21 Juin - Arrivée des premiers allemands : deux officiers d'abord, puis deux soldats sur une motocyclette, qui s'arrêtent à l'angle de la Grand'rue et de la rue de la Marine et entrent au café Le saec (aujourd'hui pâtisserie "La petite marquise").
A partir du lundi 24 juin - Les allemands s'installent à la citadelle d'abord, puis à l'école de la Radio. La kommandantur établit ses quartiers dans la grande maison "Ty huella" (aujourd'hui la mairie). L'heure allemande est imposée : +2 heures sur le soleil.
Samedi 17 Août - Toutes les sonneries de cloches sont interdites. Le réveil est assuré par le clairon allemand qui retentit tous les matins à 6h30 sur la place de l'église et à la Citadelle.
A partir de la fin de l'été - Plusieurs raids de l'aviation anglaise ont lieu. Celui du 27 septembre est particulièrement violent. Des bombes tombent sur les Pâtis. Les servants d'un canon anti-aérien de la rue de la Brèche sont tués. Ils sont aussitôt enterrés dans le terrain de foot-baIl.
Le vendredi 25 Octobre - une bombe détruit entièrernent la salle de danse du Café du Lohic, les habitants ont pu se sauver.
Dans la nuit du 17 au 18 novembre - Huit bombes tombent sur l'actuelle rue de Kerzo. La maison de Mme Yves Richard Laurens est démolie. Il n'y a pas de victime.
Le 23 Décembre - Le cdt Estienne d'Orves enrôle le Docteur Tual dans la Résistance à la tête du secteur de Lorient
Le 28 décembre - Trois maisons sont endommagées rue de l'Entente Cordiale

1941

Nuit du 12 au 13 Janvier - Nouveaux dégâts rue de Gâvres et dans le jardin de l'Hôpital-Hospice
Nuit du 15 au 16 Mars - Le mur du parc de l'école de Radio est en partie démoli, des vitres ont volé en éclats un peu partout
Nuit du 21au 22 Mars - Deux frères sont tués dans leur lit, Pierre et Louis Guillo (13 et 9 ans). Leur mère est gravement blessée.
Nuit du 20 au 21 Mars - Nouveau raid meurtrier. On déplore 6 tués à Locmiquélic, plusieurs blessés et des maisons démolies.
Le 22 Juin - Sur la vedette qui fait le service Lorient-Port-Louis, un français refuse de céder sa place à un officier allemand, des coups sont échangés. Le français est arrêté à l'arrivée.
Samedi 5 Juillet - Plusieurs bombes sont tombées entre la Petite Rue et la Chapelle St Pierre. Les magasins Lappartient sont démolis. Une bombe, au chevet de St Pierre, n'a pas explosé. Les Allemands la font sauter le lendemain à 11 heures.
Nuit du 22 au 23 Novembre - Bombardement violent : des bombes tombent sur les rochers du Lohic et dans la mer
Le 15 Octobre - Le Secours National installe un Cours Ménager dans deux pièces du 6 rue de la citadelle. Il est interdit de prendre des photos. Quatre jeunes gens de Locmiquélic seront arrêtés à Riantec pour l'avoir ignoré.
Nuit 31 au 1er janvier - Comme les années précédentes les allemands fêtent, à leur façon, le passage d'une année à l'autre : à minuit coups de feu, fusées, sirènes... mais avec moins d'intensité que l'année précédente (commentaire de l'abbé le Bîhan : leur étoile commencerait-elle à palir?)
Mardi 30 Décembre - Premiers froids : il gèle.

1942

Le 28 Avril - Dans l'après midi, 400 femmes et enfants manifestent à la mairie pour réclamer une ration de pain équivalente à celle des lorientais et pour que les matières grasses, les confitures et l'alcool à brûler soient distribués en quantités suffisantes. A l'école du Centre, Mr Le Luern, instituteur, fait chanter La Marseillaise à ses élèves pendant que les Allemands défilent bruyamment sous les fenêtres de sa classe. Il n'y a pas de petits actes de résistance.
Dimanche 31 Juin - Pour la première fois on célèbre la fête des mères
Vendredi 3 Juillet - L'Hôpital-Hospice est évacué. Il va s'installer au château du Crévy, commune de la Chapelle-Caro. Le transport se fait en autocar. Il ne reste à l'hôpital qu'un gardien, un jardinier et les...quatre vaches
Dimanche 23 Août - Kermesse pour les prisonniers. Le maire et le curé sont présidents d'honneur. Dans l'adversité, les port-louisiens savent oublier ce qui les divise.

1943

Vendredi 5 Janvier - Bombardement de 0 à 7h et de 20 à 22h. 13 maisons sont incendiées à Locmalo et du côté des Pâtis. Les Port-Louisiens s'apprêtent à quitter la ville. L'évacuation commence...
Samedi 23 janvier - 9 maisons incendiées rue des Dames, 3 dans la rue de la Pointe. Tous les enfants sont partis.
Samedi 13 février - Bombardement terrible et désastreux pour l'église N.D. 30 à 35 maisons sont incendiées ou détruites notamment dans le quartier de la Brèche et la Gendarmerie. A Locmalo, la criée et les baraquements du Driasker sont détruits. On déplore deux victimes : Mr JAacquet et Mlle Auché. Les derniers jours de février l'évacuation s'accélère. Il ne reste plus que 400 personnes à peu près.
Dimanche 7 mars - A 21h30, Pierre Allano, 42 ans, est tué par deux soldats allemands, sans raison apparente.

2 Avril - 60 maisons sont endommagées
Le 8 Avril - Notification du classement dans la liste des monuments historiques de la statue de Saint Elysée (bois polychrome).
En octobre - Les journaux annoncent que la ville de Nanterre a adopté comme filleule la ville du Port-Louis sinistrée. Cette bonne nouvelle n'aura pas de suite, mais le 15 novembre, c'est l'arrondissement de Carpentras qui réalise le parrainage.

1944

Le 2 février - Départ pour l'Angleterre de l'Aliette-Jacky, patron Joachim Guiguen.
Le 21 mars - Arrestation au Port-Louis de Ramon Nieto. Il sera fusillé à Rennes le 8 juin 44.
En Mai - Création, sur l'ordre du Général Duwert, à la Citadelle, d'un tribunal d'exception pour juger les patriotes. Ce tribunal prononcera 69 condamnations à mort
Le 25 mai - Arrestation du Maréchal des logis-chef Marmet, Cdt de la brigade du Port-Louis. Il mourra en déportation.
6 JUIN - Débarquement des alliés en Normandie.
Vendredi 11 Août - Par ordre des autorités allemandes, les habitants évacuent la ville à 17h. Le motif invoqué : des chants et des attitudes jugés provoquants. Ne restent au Port-Louis qu'une vingtaine de personnes attachées au service des allemands.
Fin Août - Les contours de la Poche de LORIENT sont stabilisés.
Le 27 août - Un dépôt de munitions saute à Kerbel (Batterie de Kerlugerie).

1945

Lundi 7 mai - Les batteries américaines tirent sans raison apparente sur Port-Louis. Une dizaine de rnaisons sont détruites rue St Louis et rue de la Marine. Un groupe FFL commandé par l'I.P.A.N Winter occupe Port-Louis et Gâvres. Winter devient Cdt de la place de Port-Louis
Mardi 8 Mai - Proclamation officielle de la réddition allemande signée la veille à Etel. L'entrée et la sortie de la poche sont interdites
Le 18 Mai - Découverte du charnier de la Citadelle
19 Mai - Exhumation et identification de 69 cadavres de patriotes. Les port-louisiens retrouvent leurs maisons détruites ou pillées. Dans les rues de la ville abandonnée, la végétation a repris ses droits. Certaines herbes atteignent un mètre de haut.






Le mémorial à l'intérieur des remparts
Le charnier  

Les fusillés de la citadelle


Les actes de décès de l'État-Civil de Port-Louis, le procès-verbal des signalements qui ont permis leur identification ne suffisent pas à imaginer qui étaient ces résistants ni ce qu'ils ont vécu. Les récits de leurs familles et de leurs camarades survivants, les photos rassemblées par le Comité du Souvenir, de nombreux livres sur la Guerre en Bretagne, permettent d'en perpétuer la mémoire.

Ils appartenaient à des corps de métiers très différents : il y avait des militaires dont quelques gendarmes et des anciens marins, mais aussi des cultivateurs, des ouvriers, des mécaniciens, des artisans, des employés, des étudiants et leur professeur...

Beaucoup étaient voisins, amis, et quelquefois parents, ils ont été pris au cours d'actions de "terrorisme", sans papiers ou les armes à la main, mais aussi dans des rafles, le plus souvent chez eux, au lever du jour, sans doute sur dénonciation. Ceci dès le mois de février 1944, et jusqu'à fin juillet, alors que le Débarquement avait eu lieu et que les villes du reste de la Bretagne étaient libérées. Leurs actions avaient alors pour but d'empêcher que les Allemands ne sortent de la "poche" de Lorient et apportent du renfort à leurs troupes en Normandie.

Il semble y avoir une femme parmi les 6 inconnus. Cela en ferait deux avec le 70ème cadavre, de femme aussi, qui a été trouvé récemment (1995) à l'intérieur de la Citadelle.

Les hommes identifiés étaient tous célibataires, sauf quatre. Ils avaient de 18 à 25 ans, sept seulement étaient plus âgés. Ils venaient presque tous du Nord-Ouest du département du Morbihan ou de la bordure Est du Finistère.

Selon les témoignages, des survivants emprisonnés avec eux au Fort de Penthièvre, quelques uns ont été emmenés directement à la citadelle de Port-Louis, mais pour la plupart, ils sont passés par les salles de torture des prisons de Locminé et de Penthièvre. Quelques uns ont été condamnés à Quimperlé.

Théodore Le Dortz, détenu à la citadelle de Port-Louis en mai-juin 1944, a raconté ses souvenirs dans un article de Ouest-France en date du 8 mars 1947, repris par Roger Le Roux dans son livre Le Morbihan en Guerre, page 507 :
"Trois cellules, trois caves plutôt, froides et humides, s'ouvrent sur un petit jardin entouré de barbelés..."

LES 69 FUSILLES DE LA CITADELLE


Côtes du Nord,
Gouarec
LE BAIL Louis, 21 ans
LE MOULEC Jean, 18 ans
Lescouet-Gouarec
LE CORRE Joseph, 20 ans

Finistère,
Querrien
HENRIOT François, 24 ans
LE DUIGOU René, 22 ans
LE GALLIC François, 40 ans
Quimperlé
HASCOAT Jean, 21 ans
KERMABON André, 22 ans
LE JAN Yves, 25 ans
MAHÉ François, 20 ans
Scaer
CORÉ Jean, 20 ans
LE COZ Jean, 23 ans
LE GUIFF Jean, 36 ans

Morbihan,
Cléguérec
FRABOULET Jérôme, 25 ans
GUILLO Mathurin, 22 ans
HOUARNO Rémy, 24 ans
LESCOUET Albert, 23 ans
MAUBÉ Louis, 23 ans
Groix
BARON Pierre, 19 ans
Guéméné s/ Scorff
FEUILLET Jean, 21 ans
MARTIN Jean, 23 ans
MAZÉ Émile, 50 ans
TRÉBUIL Aimé, 23 ans
TRÉBUIL Francis, 19 ans
Guiscriff
MORVAN Pierre, 20 ans
Hennebont
LE CHENADEC Alexandre, 21 ans
Lanouée
COMMUN Jean, 19 ans
Lanvénégen
EVENNOU Fernand, 22 ans
LE MESTE Jean, 19 ans
LE MOËNE Georges, 22 ans
MAHOT Louis, 22 ans
MAUVAIX André, 25 ans
MORLEC Jean, 34 ans
PERRON Lucien, 18 ans
POULHALEC Georges, 20 ans
RIOU Jospeh, 21 ans
Locmiquélic
LE TREQUESSER Joseph, 28 ans
Lorient
ROYANT Pierre, 19 ans
Meslan
HERVÉ Pierre, 40 ans
LAVOLÉ Joseph, 27 ans
LE SOLLIEC Joseph, 21 ans
Moustoir Rumengol
DONIAS Henri, 23 ans
Naizin
AUDO Alphonse, 22 ans
GAINCHE Marcel, 24 ans
ROUILLÉ André, 22 ans
Noyal Pontivy
COGET Michel, 22 ans
COGET Noël, 19 ans
Plouay
COTONNEC Joseph, 19 ans
HELLO Raymond, 21 ans
LE GLOANEC Joseph, 22 ans
VALY François, 24 ans
Pluméliau
JUSTUM Roger, 24 ans
LE TUTOUR Mathurin, 20 ans
MORVAN Eugène, 22 ans
Pontivy
GAILLARD Henri 21 ans
LAUNAY Léon, 23 ans
LE CUNFF Roger, 21 ans
LE GOFF Gabriel, 22 ans
Silfiac
BOGARD Yves, 23 ans
BOURLAY Paul, 24 ans
Saint Thuriau
DELOFFRE Jean, 19 ans
NIVOIX Jean, 22 ans
Domicile Inconnu
PERENNOU Bertrand, 22 ans

et 6 FUSILLÉS ANONYMES



Henri Laurent : instantané d'un photographe port-louisien


La carte postale permet de lever le voile sur une époque que nous situerons de 1898 à nos jours, en nous limitant à Port-Louis. Témoignage d’une époque, archive photographique de l’activité humaine, moyen de communication et d’information, reflet de la vie quotidienne, la carte postale est une référence. Patiemment rassemblés pendant des années, ces “petits trésors”, rangés dans les albums, oubliés dans les greniers, renaissent un jour par celui qui les découvre, par les collectionneurs.

Dans le domaine de la carte postale, Port-Louis intéresse beaucoup les collectionneurs, par ses scènes de rues animées, par les gros plans sur des scènes de marchés, de pêche sur les quais, mais aussi par des thèmes intéressants comme les usines de conserverie, les scènes folkloriques.

Sur la période 1900 – 1921, ont été recensées environ 700 cartes différentes, et jusqu’à nos jours, c’est globalement près de 2000 cartes qui ont été éditées. Plusieurs raisons à cet intérêt pour Port-Louis :
  • Port-Louis était, au début du XXème siècle, connu pour être une station balnéaire, avec le passage des bateaux à vapeur qui traversaient la rade.
  • Port-Louis était une ville de garnison, à la citadelle, et disposait d’un hôpital de la Marine desservi par le “bateau hôpital” dénommé familièrement “Le Patouillard”. La carte postale représentait pour nos soldats un des seuls moyen de communication.
  • Port-Louis connaissait une bonne activité, autour des ses ports, de ses usines, de ses marchés. Ses sites, les remparts, la citadelle, ses rues de caractère, tout cet ensemble a attiré de nombreux curieux, et notamment les photographes.
Parmi eux, il en est un qui nous intéresse plus particulièrement, Henri Laurent, photographe né à Port-Louis en 1880, que nous allons essayer de découvrir à travers les photos et témoignages que nous avons pu réunir.



Sa vie
Carte postale montrant ses fiançailles avec Jeanne Nel
née le 24 juillet 1882 à Rennes.

Autre carte représentant leur mariage le 28 janvier 1907
dans un hôtel restaurant de Rennes.
On remarquera la richesse des toilettes, notamment des dames,
qui témoigne d’un mariage “bourgeois”.
Fiancailles Mariage
Fiançailles : souvenir du 28 septembre 1905  - Coll.Part. Mariage : souvenir du 28 janvier 1907  - Coll.Part

Ils vécurent les premières années à Rennes,
puis ils emménagèrent à Port-Louis dans une maison,  
au 14 (aujourd’hui le 26) rue de la Citadelle.

Ils n’eurent pas d’enfant.

H. Laurent y mourut en 1960.
Son épouse y décéda l’année suivante.
Ils sont enterrés à Port-Louis.



Ses travaux


Fin du XIXème, début du XXème siècle, Henri Laurent trouva dans le développement de la carte postale, matière à concrétiser ses aspirations de photographe. Il créa sa petite maison d’édition sous l’appellation “Collection H. Laurent Port-Louis”. Il parcourut en voiture la Bretagne et réalisa près de 4000 clichés commercialisés, représentant l’ensemble des départements bretons, plus particulièrement le Morbihan et le Finistère, mais il posa aussi son trépied dans les régions de Pornic, Cancale, Saint-Malo, etc. Il était photographe mais n’effectuait pas les tirages qu’il faisait faire par des laboratoires. Il réalisait également des photos pour d’autres éditeurs. Ainsi on trouve des cartes postales avec comme éditeur HLM : ce sont des photos de H. Laurent, réalisées par le laboratoire Maillot de Saint-Malo. On trouvera également des cartes avec la référence du “casque” HLM-HL.


Il travaillait avec un appareil à trépied, en cherchant à fixer les images sur des plaques de verre.


Sa carrière s’étale sur plusieurs périodes qui correspondent à l’évolution de la carte postale.

  • 1900 - 1905. L’âge d’or de la carte postale, que l’on peut porter à 1910 pour Henri Laurent.Les clichés du début ont été de bonne qualité. On lui doit durant cette période des beaux documents qui font le plaisir des collectionneurs et qui se placent parmi les plus belles cartes de Bretagne. On lui reprochera plus tard d’avoir été trop “commercial”, lui reconnaissant de savoir utiliser les champs larges.

  • Exemple de champ large

    Place du marché

    La place du Marché - Coll.H. Laurent - Port-Louis


    Ces prises de vue représentent un témoignage fidèle de la vie de cette époque. A travers ces cartes on peut retracer la vie à Port-Louis en ce début du XXème siècle. Il réalisa des cartes en studio ou dans son jardin, contre un grand mur de pierres.

    H. Laurent en costume


    Henri Laurent en costume breton. Photo H. Laurent. Coll. Part.


    On retrouve des couples de danseurs en Bretons, des enfants costumés. Il était courant à l’époque de marquer les événements familiaux en faisant appel au photographe et de sortir quelques cartes, à destination de la famille. Ce sont les fameuses cartes-photos, souvent non situées, ne portant pas le nom de l’éditeur, mais qui font la joie des collectionneurs. Ce sont souvent des documents intéressants (mariage, fête, première voiture, vitrine de magasin, équipe de football, inauguration, visite de personnalité, lancement de bateau, etc.)
vendeuse sardines

Vendeuse de sardines : "A la fraîche ! A la sardine fraÎche!"
Photo H. Laurent. Coll. Part.


    A son décès, on trouva chez Henri Laurent beaucoup de plaques de photos, dont certaines n’étaient pas éditées. C’est ainsi que nous avons pu découvrir le passage d’un montreur d’ours à Port-Louis (Cf. Chronique port-louisienne n°19).

  • 1914 – 1920. Déjà certains éditeurs, comme H. Laurent, vivent un peu sur leur stock et cherchent à commercialiser leur fonds. Les photos et prises de vue sont de moins bonne qualité. On fait des vues générales, et des clichés qui flattent l’intérêt du touriste, des gens de passage. On notera la sortie de la carte sous le label Editions Laurent Nel. On y reprend des clichés d’avant 1914, certains sortiront en sépia (papier de couleur marron, voire bleu).

    C’est une période plus mystique pour H. Laurent. Il photographie beaucoup de chapelles, de fontaines, de calvaires. Il éditera également beaucoup de cartes sur les costumes bretons.

  • H Laurent costumé H. Laurent et son épouse
    aimaient beaucoup
    porter le costume breton
    et nombreuses cartes les
    représentent tous les deux.


    Ed. Laurent - Coll. Part.
    Jeanne nEL

Nous trouverons plusieurs cartes en compagnie de
M. et Mme Théodore Botrel avec qui ils étaient amis.
plusieurs cartes, représentant des poèmes de
Théodore Botrel, sont illustrées par des photos de
H. Laurent dans les années 1910.

Petite anecdote : il se dit que Théodore Botrel était
très sourcilleux pour donner son "bon à tirer".
botrel

Théodore Botrel, sa femme et Jeanne Nel

Coll. Part.

    M. et Mme Laurent étaient également amis de l’historien Henri-François Buffet.

  • 1945 - 1949. Pendant la guerre M. et Mme Laurent vécurent à Rennes. M. Laurent s’occupa d’œuvres et il fut notamment président des “Blessés de la Guerre”. A la fin des hostilités, ils revinrent à Port-Louis où Henri Laurent continua la commercialisation des cartes postales d’avant guerre. Il réalisa peu de rééditions et a toujours assuré lui-même la distribution de ses cartes.


  • Il parcourait la Bretagne en voiture et alimentait en
    cartes les bistrots et les épiceries sur depittores-
    ques "tourniquets".
    On retrouve sur deux ou trois cartes postales, à
    diverses époques, les différentes voitures qui lui
    ont appartenu.
    ferme les patis

    Cour de ferme. Photo H. Laurent. Coll. Part.

    Les Pâtis. La voiture d’H. Laurent. Coll. Part.





Témoignage

Mes souvenirs de gosse, dans les années 1955 - 1960, me rappellent, dans la rue de la Citadelle, ce personnage familier, âgé mais alerte, grand, mince, souvent habillé d’une blouse grise, sortant de sa petite voiture à deux places. Sa femme, l’accompagnait toujours. Ils étaient suffisamment présents dans le décor familier des rues de Port-Louis, pour attirer mon regard d’enfant, de même qu’Henri-François Buffet que nous croisions régulièrement lors de ses promenades le long des remparts (aujourd’hui appelé Promenade Henri-François Buffet). Il marchait d’un bon pas, portant chapeau, les mains derrière le dos, souvent seul ou accompagné par sa sœur qui le suivait toujours de quelques pas. Henri Laurent et H-F. Buffet s’y rencontraient souvent et entamaient de longues conversations.

kerzo


Vue prise de Kerzo

Ed.Laurent-Nel, signée Loïc. Coll. Part.



Puissent ces quelques lignes vous inviter à découvrir la Carte Postale, dans les albums de famille, au sein des clubs de collectionneurs, dans les musées, à travers des expositions. Pour tous ceux qui s’attachent à l’histoire des gens et des choses, la carte postale est un document irremplaçable.


M. Le Falher
Extrait de l'article paru dans la Chronique port-louisienne n°21