L'Hôtel de la Plage


La façade principale de l'hôtel se trouvait rue de la Brèche. Quand mes parents avaient acheté ce bâtiment, ce n'était pas un hôtel, il y avait beaucoup de locataires qui ne voulaient pas partir, mais quand ils ont appris qu'il y aurait un cinéma et un moteur pour l'électricité, ils ont tous eu peur et ont déguerpi. Il n'y avait pas d'eau courante ni de WC à l'étage. Pot à eau, cuvette, broc et seau hygiénique... Cela ne nous empêchait pas d’avoir des clients huppés, Puvis de Chavannes, l'amiral Lacaze... et d'autres. Nous avions un très bon cuisinier, le père Denis (sur la carte postale, il est à la porte de la cuisine). Il y avait aussi la Tournée Barret qui venait faire du théâtre. Avec le terrain de football, nous avions beaucoup de monde à la mi-temps le dimanche, l'estaminet était plein.»
Mme Danycan.(1997)






Le Cinéma Decolight


Il y avait une très grande salle dont mon père fit un cinéma. C'était 1 franc la séance. Nous étions les seuls à avoir l'électricité, nous avions un moteur uniquement pour nous. Les films étaient muets bien sûr, on y passait d'abord les informations, tout de suite après le film comique, puis l'entracte, et après l'entracte c'était le grand film. Après l'entracte, maman faisait rentrer les enfants qui n'avaient pas de quoi payer leur place ; quelquefois il y avait des pannes, et les enfants qui n'avaient pas payé réclamaient : "mes 20 sous, mes 20 sous !". Le cinéma s'appelait le Delco Light, les enfants l'appelaient le "cinéma des coliques"... Le cinéma a duré jusqu'à la guerre, je me souviens d'y avoir vu un film sur la vie quotidienne au Port-Louis, des scènes de la rue, les gens qui faisaient la queue pour aller vider leur seau à la côte le matin, les mendiants de la "cour des miracles", en face de l'hôpital, près du parc à Boulets, les marchandes de sardines avec leur plateau sur la tête. Plus tard, après guerre, il y eut un nouveau cinéma au Lohic, avec des films parlants et en couleurs.
Mme Danycan (1997)