Honorine le Guen
(1902 - 1990)
La Lumière des marins




Née à Locmiquélic en 1902, Marie-Honorine Le Guen avait quelques jours quand elle arriva au phare de Pen-Men à Groix. Son père y était gardien et avait sa femme Marie-Honorine Nuellec comme auxiliaire. C'est en ce lieu qu'Honorine passa toute son enfance.

A 16 ans, lors du décès de sa mère, elle prit en charge ses huit frères et sœurs cadets et s'initia à la tâche de gardienne auxiliaire auprès de son père “par atavisme et par passion”. Elle fut officiellement admise à cette fonction quand elle eut 18 ans.

Le phare de Riantec A 23 ans, elle obtint son affectation au phare de Kerbel en Riantec. A l'époque, ce phare n'était pas encore électrifié et il fonctionnait à la vapeur de pétrole. Ceci nécessitait une surveillance assidue et un entretien méticuleux. Tous les jours, il fallait démonter, nettoyer et remonter une cinquantaine de pièces du délicat mécanisme. Il fallait aussi porter là-haut les deux bidons de huit litres de pétrole, et être fin prête pour l’allumage, une demi-heure avant le coucher du soleil. Du haut de ses 125 marches, à 30 mètres dans le ciel, elle appréciait chaque jour ce métier pourtant dur. Honorine était la seule gardienne d'un tel phare en France.

En 1932, l’arrivée de l’électricité lui a facilité la tâche, mais il fallait toujours astiquer les superbes lentilles de Fresnel et assurer une garde constante.

Et quand Honorine avait des loisirs, que faisait-elle ? Dans son phare, elle lisait. Pendant l'occupation, les phares ont été aussi investis par les Allemands, mais sous l'œil vigilant des gardiens français. Même lorsqu'elle sera réfugiée dans la campagne pontivienne, Honorine viendra régulièrement contrôler l'état de son phare et il lui arrivera de faire des rapports aux autorités allemandes en cas de négligence. La paix revenue, H. Le Guen reprit son poste et le tint sans discontinuer jusqu'en 1972, date de sa retraite.

L'Administration est ingrate et la conscience professionnelle d'Honorine n'a guère été récompensée : 70 ans de vie dans un phare dont 50 de service actif ! Si elle a fait le même travail que ses collègues hommes, elle a été maintenue dans la fonction d'auxiliaire, et dans les faits, auxiliaire d'elle-même ! Elle regrettait aussi d’être restée si longtemps anonyme - pas un marin ne l’a remerciée, pas même d’un poisson ! Pourtant le phare commandait l’entrée principale de la rade de Port-Louis que les courants et les écueils rendent dangereuse, et Honorine a passé de nombreuses nuits à veiller sur “ses marins”, fière et heureuse qu’aucun accident ne s’y soit produit pendant ses 46 années de service.

Restée célibataire, toujours dévouée à sa famille et fidèle à la coiffe de son pays natal, elle a vécu sa retraite au foyer des personnes âgées de Locmiquélic, puis s’est éteinte à l’Hôpital de Riantec le 21 août 1990.

Archives familiales. 1982