Les hôpitaux militaires



L'hôpital Saint-Louis.

En 1689, la Marine loue à des particuliers d'anciennes presses à sardines, situées au Lohic, entre la rue de Gâvres et les remparts. Dans ces locaux, on aménage trois salles de malades d'une capacité totale de 150 à 200 lits. Mais, en 1690, il y eut jusqu'à 400 hospitalisés, à l'occasion d'une épidémie qui fit de nombreux morts, y compris trois infirmiers et trois aides-chirurgiens.
Cet hôpital recevait les marins et les soldats de la garnison. Les locaux étaient peu adaptés mais les hospitalisés bénéficiaient d'un lit individuel et des soins d'un médecin permanent, d'un chirurgien et d'un apothicaire. En cas de besoin, les chirurgiens des bateaux se trouvant dans le port apportaient leur concours. Cet hôpital fut fermé en 1720.

L'hôpital militaire de la citadelle.

En 1706, un hôpital militaire de huit lits fut ouvert dans la citadelle. C'était un bâtiment couvert de tuiles, situé entre le bastion Camus et la poudrière. Il n'y a plus de traces de cette construction qui, fermée en 1730, avait été remplacée par un parc à boulets.
A partir de 1730, tous les marins et soldats étaient traités à l'hôpital civil de Port-Louis.


L'hôpital pour "vénériens"

Comme il a été dit plus haut, les Filles de la Sagesse, en charge de l'hôpital civil et assurant également les soins aux militaires, ouvrirent , en 1779, un hôpital dit pour vénériens. A l'époque, on appliquait ce nom aussi bien aux malades atteints de maladies sexuellement transmissibles qu'aux porteurs de maladies de peau, comme la gale par exemple qui était fréquente et très contagieuse dans la promiscuité sans hygiène des bateaux et des garnisons.
Cet hôpital se trouvait dans une maison appartenant à la congrégation, située à l'angle de la rue de la Brèche et de la rue de la Citadelle. Il comportait quatre salles d'hospitalisation et des aménagements pour baigner les malades. Il ferma en 1786.


cloitre des récollets
cloître des récollets
ouest-france, 1953

L'hôpital de la Marine.

A la fin du XVIIIème siècle, les incursions des vaisseaux anglais étaient fréquentes à proximité de nos côtes et les engagements souvent meurtriers.
Le 13 ventôse An III (3 mars 1795), on ouvrit un hôpital maritime au Port-Liberté (Port-Louis depuis la Révolution), dans les locaux désaffectés de l'ancien couvent des Récollets. Après le combat naval désastreux du vice-amiral Villaret-Joyeuse, entre Belle-Ile et Groix, le nouvel hôpital fut rapidement actif. Son importance alla croissant, atteignant huit officiers de santé, trois pharmaciens, dix "soeurs laïques" hospitalières, un aumônier à partir de 1804. 180 à 200 malades étaient traités en moyenne par an. C'est de cette époque florissante que date le portail monumental de l'entrée. Cet hôpital fut fermé en 1806.

Les malades de la Marine étaient alors traités à l'hospice civil de Lorient. Cependant les locaux de Port-Louis ont été temporairement utilisés à plusieurs reprises, comme hôpital supplémentaire notamment en 1808 et en 1812. Alimentation, médicaments, personnel de soins étaient pris en charge par l'hospice civil suivant une convention. En 1832 et en 1848, ils servirent de caserne temporaire.

Mais l'édifice était en bien mauvais état. Les voûtes de l'ancienne église Saint-François étaient effondrées et les murs des bâtiments boursouflés.
La Marine hésitait : tout démolir et garder le terrain ou le rétrocéder aux Domaines. Il semble qu'aucune décision n'ait été prise puisqu'en 1859, à l'occasion d'une épidémie, le préfet maritime de Lorient et l'amiral visitèrent les bâtiments de l'ancien couvent des Récollets et décidèrent d'y installer une ambulance provisoire.

Des travaux de réaménagement y furent ensuite entrepris et, en 1861, l'établissement redevenait un hôpital comportant dix salles d'hospitalisation et une capacité de 270 lits. Les Filles de la Sagesse furent sollicitées comme infirmières et y demeurèrent jusqu'à la laïcisation du personnel des hôpitaux militaires, soit 1906. Les aumôniers de marine ayant également été supprimés, le service religieux incomba au clergé paroissial.

La fin du XIXème siècle est marquée par de nombreux travaux : aménagement d'une salle de bains pour les "vénériens", agrandissement de la chapelle, aménagement de deux "cabanons" pour aliénés, modernisation de l'adduction et de l'évacuation de l'eau, établissement de citernes, etc.
Pendant la guerre de 1914-1918, l'hôpital maritime hébergea 14173 malades ou blessés avec un total de 291320 journées d'hospitalisation. Le 6 août 1936, l'hôpital qui comportait encore 250 lits, était définitivement fermé au profit du tout nouvel hôpital maritime de Lorient.
Cependant, peu après, il devint centre d'accueil pour plusieurs vagues de réfugiés de la guerre d'Espagne.
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Grand portail de l'hôpital de la marine, 1906 - coll. part.
En 1939, lors de la déclaration de guerre, on y installa une éphémère Ecole des Transmissions maritimes dont n'a survécu que le nom simplifié : "La Radio". Occupé par les troupes allemandes de 1940 à 1945, l'ancien hôpital se vit doter d'un énorme blockhaus qui a subsisté. La plupart des bâtiments ont brûlé en 1945. Les ruines de l'église et le cloître attenant ont été rasés en 1953 de même qu'un des anciens bâtiments qui, en 1965 , a cédé la place à la nouvelle gendarmerie.
Seuls demeurent le grand portail et le bâtiment qui lui est contigu.

Le lazaret de la rade

L'étude des hôpitaux de Port-Louis serait incomplète si on ne mentionnait pas un établissement un peu particulier.
A la suite des expéditions de Napoléon Ier en Orient et d'épidémies de choléra et de fièvre jaune, il parut nécessaire d'aménager des lazarets permettant d'éviter la contamination des civils et des hommes à terre en isolant les équipages et les troupes suspects. Ce sont fréquemment des îlots qui ont été choisis pour ces installations (Brest, Lorient, Toulon).


L'île Saint-Michel
Elle a abrité un couvent de Bénédictins du XIème au XVIIIème siècles. Acquise par la Compagnie des Indes en 1748, elle est devenue propriété militaire à sa suppression en 1770, située entre Lorient et Port-Louis, elle fut ainsi l'objet d'un projet ambitieux en 1817-1818. L'établissement devait être à la fois un hôpital pour les marins malades et un lieu d'isolement absolu pour des valides susceptibles d'être porteur de contamination. "... il faut opposer à la fraude, ou à l'imprudent désir de voir un parent, un ami, des enceintes qu'on ne puisse franchir et pourtant dissimuler pour ainsi dire aux malheureux retenus dans un lazaret l'aspect d'une prison dont l'idée pourrait influer sur leur moral. Sous ce point de vue la disposition de l'île Saint-Michel, forçant à établir le lazaret en terrasses fera disparaître à l'intérieur des quarantaines les clôtures de sûreté".
En 1821, le projet fut réduit à 500 places. Sans doute pour donner l'illusion aux marins de ne pas être à terre, on donna à l'îlot, couronné d'un sémaphore, la silhouette d'un vaisseau et on les fit coucher dans des hamacs...Le lazaret fut fermé en 1850.

Hospice civil de Lorient
La Compagnie des Indes qui avait quitté Port-Louis pour Lorient y installa, en 1720, un hôpital au château de Tréfaven, sur le Scorff, puis dans la ville même un établissement qui devint Hôtel-Dieu. Lorsque l'arsenal royal s'installa dans l'arsenal de la Compagnie des Indes, les militaires de Lorient étaient hospitalisés à l'Hôtel-Dieu de Lorient jusqu'à l'ouverture de l'hôpital maritime de Port-Louis.