Les hôpitaux civils


Une "grange à usage d'hospice"
Le premier établissement dont on ait quelques mentions est une "grange à usage d'hospice" que des âmes charitables avaient mise à la disposition des pauvres et des malades, en 1668. Situé sur les Pâtis, entre la rue de la Brèche et la fontaine de Marolles, ce bâtiment fut loué à la Marine en 1689 pour recevoir les "pestiférés".


L'hôpital général

En 1706, la Confrérie des Dames de la Charité qui se tenait en la chapelle de la Sainte-Famille, envisagea de fonder, sous la houlette de sa supérieure, Madame Desgraviers, épouse du commandant de la citadelle, un hôpital pour les pauvres. Grâce à des dons et quêtes, elles acquirent une maison et ses dépendances au Lohic et ouvrirent deux salles d'hospitalisation : une pour les hommes, une pour les femmes. Les dons, le bénéfice de quelques rentes (telles celles de trois corderies établies le long des remparts) permirent l'acquisition de nouveaux terrains contigus, entre la rue de l'hôpital et la rue de Gâvres, et en direction de la rue de la Citadelle.


lettre patentes de l'hôpital
Lettre Patente
mettant l'hôpital sous la protection du roi
en 1712 - archives port-Louis. Vannes
En 1712, l'hôpital obtint les lettres patentes qui le mettaient sous la protection du roi, définissaient ses modalités de recrutement et de fonctionnement et lui accordaient un certain nombre de privilèges : exemption de contributions, bénéfice de droits tels que le monopole de la vente de la viande pendant le carême, la perception du quart des amendes prononcées par la justice, auxquels s'ajouteront ultérieurement l'exclusivité de la fourniture des cercueils, des capots de pleureuses pour les enterrements, de la distribution d'eau de consommation (1767), le bénéfice de l'indemnité du Papegault (1770) et de l'affermement de l'enlèvement des boues des rues (1785).
Ces revenus, ajoutés à de nombreux legs et donations, permirent d'étendre le recrutement non seulement aux pauvres mais aussi aux enfants abandonnés, à des pensionnaires et, à partir de 1720, aux soldats et aux marins. Pendant les guerres contre l'Angleterre, le nombre des soldats fut tel que l'hôpital fut appelé hôpital Saint-Louis comme l'ancien hôpital maritime.
De nouvelles constructions s'imposèrent, de même qu'un cimetière dans un jardin au nord de l'établissement (1757). Mais l'accroissement du nombre des malades nécessitait de plus en plus de personnel. La tâche devenait trop lourde pour les Dames de la Charité.

En 1761, l'administration de l'hôpital passa un contrat avec la supérieure des Filles de la Sagesse de Saint-Laurent sur Sèvre (Vendée). Quatre puis cinq soeurs de cet ordre prirent en charge l'hôpital, y compris le contrôle du bureau d'administration. Un médecin de la ville soignait gratuitement les pauvres. Quant aux militaires, ils recevaient les soins d'un médecin et de trois chirurgiens de la marine. Il y avait aussi un aumônier affecté à l'établissement. En 1779, les soeurs ouvrirent un hôpital pour "vénériens".

Tout alla au mieux jusqu'à la Révolution. Mais, deux événements retentirent lourdement sur la marche de l'hôpital :
  • l'abolition des privilèges le priva d'une bonne partie de ses revenus et engendra rapidement des difficultés de trésorerie;
  • l'aumônier ayant prêté serment à la constitution, les soeurs, au nombre de sept, donnèrent leur démission. Elles quittèrent Port-Louis le 8 octobre 1791.
Après le départ des soeurs, l'hôpital, criblé de dettes, survécut péniblement, sous le signe d'une très grande précarité, malgré des aides sporadiques du département et du ministère de l'Intérieur. L'administration était confiée à une commission de cinq citoyens présidée par le maire et les soeurs remplacées par quatre veuves, dites "citoyennes hospitalières".

En avril 1817, les soeurs de la Sagesse furent rappelées. Elles furent cinq, puis l'effectif s'étoffa progressivement jusqu'à dix. Les soeurs étaient chargées des soins aux pauvres et des travaux internes. La gestion était confiée à un bureau administratif. Des tensions se produisirent entre administration et soeurs. Faute de moyens, les activités de l'hospice se réduisirent et, d'année en année, on renvoya des soeurs. En 1855, il n'en restait plus que cinq. La fermeture semblait proche.
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Filles de la Sagesse - coll. part.
En 1856, à la demande du maire, les soeurs ouvrirent une classe communale pour les petites filles pauvres.
En 1857, le maire de Montfort (localité d'origine du fondateur de l'ordre) vint "prendre les bains" à Port-Louis. Devant l'indigence de l'hospice, il suggéra au maire de Port-Louis de confier la gestion de l'établissement aux Filles de la Sagesse, solution dont il se disait pleinement satisfait à Montfort. Un bail de trois ans fut signé par le préfet et par la mère générale et l'hôpital-hospice fut mis au compte de la congrégation. La supérieure tenait la comptabilité, recevait le produit des bâtiments, des jardins, des malades payants et assurait les dépenses.
Après des débuts difficiles, la maison reprit de l'extension : bureau de charité, asile pour les enfants, classe communale, hospice se regroupèrent.

En mai 1859, une forte épidémie régnait à Lorient et submergeait l'hôpital de cette ville. La Marine établit une ambulance provisoire puis un hôpital dans les bâtiments de l'ancien couvent des Récollets de Port-Louis et demanda leur concours aux Filles de la Sagesse. Elles y demeureront jusqu'en 1906.

Pendant la guerre de 1914-1918, l'hospice reçut des réfugiés à plusieurs reprises.

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Filles de la Sagesse - coll. part.
Entre les deux guerres, il y eut surtout des travaux de modernisation et d'agrandissement : buanderie, service d'eau, téléphone, construction de "petites habitations" pour familles nécessiteuses, aménagement de nouveaux dortoirs pour recevoir des enfants en colonies de vacances. En 1927, la municipalité reprit la gestion de l'hospice.

Dès le début de la guerre de 1939-1945, l'établissement dût faire face à des afflux successifs de malades réfugiés, les uns de la Somme, d'autres de l'hôpital de Clermont-de-l'Oise et même 50 enfants de Rouen, encadrés de huit religieuses et de dix employés.
Il fallut caser tout ce monde et . . . le 21 juin 1940, les Allemands arrivaient à Port-Louis !
Des difficultés de ravitaillement se firent sentir, les bombardements commencèrent. Les enfants de Rouen retournèrent dans leur ville. Les bombardements devenant de plus en plus fréquents, l'hôpital se réfugia à son tour au château de Crévy à la Chapelle Caro, près de Ploërmel. C'était en juillet 1942.

La réintégration à Port-Louis se fera en juillet 1946, dans un bâtiment qui, ayant été occupé plusieurs années par la troupe, etait très dégradé.
Une nouvelle organisation se mit en place, sous tutelle préfectorale et avec nomination d'un directeur et d'un économe. D'année en année, des pavillons modernes furent construits, puis la chapelle. Une capacité de 300 lits fut atteinte en 1965. Ce sont ces bâtiments que l'on voit aujourd'hui.

Le 31 décembre 1977, les Filles de la Sagesse, estimant ne plus pouvoir faire face à la tâche, résilièrent le contrat passé avec l'hôpital.


Pestiférés : malades atteints de la peste. En fait au XVIè, XVIIè, et même XVIIIè siècles, ce terme englobe la peste, le choléra et d'autres maladies contagieuses comme le typhus.