Le bateau - hôpital


Le transport des malades entre Port-Louis et Lorient

bateau-hôpital à la fin du 19eme
Le Port-Louis bateau-hôpital utilisé de 1874 à 1936 - coll.part.

Nom : Port-Louis
Type : Transport
Date de lancement : 1867
             Caractéristiques :
  • Longueur Hors Tout : 25m
  • Largeur : 5 m
  • Tirant d'eau : 0,68 à 1 m
  • Tonneaux de Déplacement : 3
Propulsion : 40 CV, une hélice
Vitesse : 6 Noeuds (en 1927).
Puissance : 400 CV
Effectif : 8 Hommes

Bateau à roues, amphidrome, armé en 1874 à Lorient, affecté au transport des malades à l'Hôpital de Port-Louis. (Fiche Technique, Musée de la Marine, Paris)


Durant plus de cinquante ans, dans la rade et le paysage Port-Louisien, au quai de La Pointe, on pouvait voir évoluer le Bateau-Hôpital avec sa silhouette particulière


Jusqu'en 1936, la liaison entre les deux hôpitaux, Lorient - Port-Louis était assurée par un curieux bateau à roues, appelé familièrement le Patouillard, mais qui portait officiellement le nom de Port-Louis.


Le mini-bateau hôpital présentait la particularité d'avoir deux avants et pas d'arrière, car "pointu" aux deux extrémités, il pouvait marcher dans les deux sens sans faire demi-tour ; il possédait en effet une barre franche aux deux extrémités et il suffisait de caler l'une d'elle quand on changeait de sens. Il était à fond plat, ce qui lui permit une fois, après s'être échoué, de se dégager sans dommage. Le navire possédait un grand rouf réservé aux malades. Les plus gravement atteints étaient allongés sur des matelas placés sur des civières, les petits malades se contentant de bancs de bois. Ce local était chauffé l'hiver par un poële à charbon central, qui, suivant les vents, tirait souvent mal et remplissait la salle des malades d'une fumée plutôt indésirable, voire incommodante. A l'arrière ou à l'avant suivant le sens de la marche, une petite chambre triangulaire était réservée aux officiers du Corps de Santé. Au mur trônait un baromètre historique aux armes de Napoléon III, "don de l'Impératrice Eugénie". Il transportait aussi les approvisionnements.


Tout doucement dans un panache de vapeur et dans un bouillonnement d'écume, le Patouillard arrivait à la cale de Port-Louis chaque matin vers 8 h 30 après une traversée qui durait 20 minutes. Il en repartait vers les 11 heures. Sur le quai attendaient les infirmiers et ouvriers. De la cale les malades étaient transportés sur des cadres à roues bâchés, les consultants et les officiers du Corps de Santé marchaient à pied, une voiture à bras tirée par les ouvriers de l'Hôpital transportait les approvisionnements. La caravane sanitaire traversait les rues somnolentes de la vieille cité, escortée par le chien ratier de l'Hôpital, qui, pas un seul jour, ne manquait l'arrivée du bateau.


Henri François Buffet, dans son livre "En relisant leurs lettres", nous signale une anecdote : 

"En 1914, sévit une grave épidémie de grippe espagnole. Le 2 septembre 1914, le bateau hôpital commença à débarquer au Port-Louis des militaires et des soldats atteints par la maladie, et qui bientôt succombaient par dizaines. Ils passaient dans la rue de la Brèche portés sur des civières et le vieil aumônier n'arrêtait guère de célébrer des enterrements, on disait alors que tous les malades avaient la peste ou le typhus. Pour préserver les port-louisiens de la contagion, le médecin de l'Hôpital Maritime conseilla des gargarismes à "la liqueur de la Baraque", autrement dit à l'eau de Javel".


L'Hôpital Maritime devenu vétuste et mal adapté à sa destination fut transféré à Lorient en 1936. Avec la fin de l'hôpital, cessa le "va et vient" de notre Patouillard qui fut remisé dans le fond de l'Arsenal, pour finir vraisemblablement sous les bombes en 1945.


Michel Le Falher

amphidrome : qui possède un gouvernail à l'avant et à l'arrière

le Port-Louis : en fait, on ne possède que bien peu de renseignements sur le Port-Louis. Il aurait été construit à Lorient, mais les spécialistes de l'histoire des navires n'ont rien trouvé dans les archives.