Archélogie : Implantation et sédentarisation humaine
sur le territoire s'étendant entre les abers du Blavet et Etel


nummulitesGéomorphologie de cet espace  
La carte géologique indique un vaste placage de strates constituées de galets et de sables roux ou blancs qui s'étend entre l'embouchure actuelle du Blavet et la rivière d'Etel, il affleure entre 0 et 35 mètres. Ce sont des sédiments d'estuaire charriés par le Blavet et le Scorff, ils ont subi les effets des vagues quand la mer atteignait les 30 à 35 mètres dans les premières époques du quaternaire (Tyrrhénien).
Ces dépôts recouvrent les formations éocènes composées de calcaires gréseux pétris de nummulites (photo 1) dont le niveau se trouve, aujourd'hui comme alors, par 15 à 18 mètres de fond entre Plouhinec et Groix.




L'origine des rognons de silex  
rognoncrétacé
En observant attentivement les dépôts de gâlets du rivage du pays de Port-Louis, le promeneur pourra récolter quelques rares rognons siliceux (fig.2) qui proviennent du Crétacé (fig.3).

La question posée par André Guilcher et d'autres auteurs est toujours en discussion : viennent-ils des fonds voisins comme les nummulites de Gâvres nombreuses dans le secteur du rocher de la Vache?


L'ensemble calcaire repose sur le massif granitique qui présente des affleurements et qui séparait encore les anciens cours du Blavet et du Scorff il y a 130000 ans, les buttes de Port-Louis et Gâvres en sont les vestiges.


Le quaternaire
 
Les oscillations du niveau marin suivent les évolutions climatologiques de la planète. Ainsi au cours des âges le tracé des rivages se modifie et durant le quaternaire (depuis 1,8 million d'années) se sont succédé de grandes glaciations rythmant le rapprochement ou l'éloignement des mers. En conséquence, des populations de l'Homo Erectus profitèrent de l'abaissement du niveau des mers pour se déplacer et se disséminer en Europe et en Asie en quittant le continent africain.

L'être humain s'est bien adapté aux périodes glaciaires, comme le montre la découverte de nombreux sites archéologiques remontant à ces phases périodiques.

Implantation et sédentarisation humaine  
La première trace de l'implantation humaine relevée en Bretagne se situe dans la vallée de la Vilaine il y a 600 000 ans, révélée par la présence de pierres taillées en place, dans le front d'une carrière à Saint-Malo de Phily (35).
Dans un autre lieu, à Ménez-Drégan en Plouhinec (Finistère), dans une grotte où les hommes s'abritaient, on a retrouvé sous une partie de plafond effondré il y a 400 000 ans, la présence d'outils et de charbons. Ils avaient donc domestiqué le feu.

L'attachement des hommes du Paléolithique au littoral se justifie par la présence et le ramassage de rognons de silex, l'existence de vastes espaces propres à la vie des grands herbivores, la possibilité d'installer des abris au pied des falaises ou l'hébergement dans quelques grottes.

Notre territoire, placé entre ces sites, a sans doute connu les migrations de ces populations paléolithiques armoricaines. Un de nos lointains ancêtres a "posé son sac" définitivement sur l'îlot de Téviec. On l'a trouvé inhumé avec six autres, deux pointes de flèches fichées dans sa colonne vertébrale. Ils étaient chasseurs et amateurs de fruits de mer, ils n'étaient pas encore cultivateurs.

II y a 18 000 ans,lors du maximum de la dernière glaciation, le Blavet et la Rivière d'Etel se jetaient dans l'Océan au-delà de Groix où l'on pouvait se rendre à pied. Le niveau de la mer était pour notre zone de 100 m à 120 m plus bas que le niveau zéro actuel. Avec le réchauffement, période de régression Flandrienne, le niveau de la mer continue de monter et va nous séparer de Téviec et de l'île de Groix, c'était il y a environ 8 000 ans.

Il y a 6 000 ans, au moment de la sédentarisation humaine, le niveau marin se situait à environ moins 10 m et Groix est devenue une île. L'homme s'est installé et a édifié les premiers monuments mégalithiques les plus spectaculaires et intrigants du monde sur le sol armoricain. Le niveau marin a encore varié comme le démontre la présence de certains de ces monuments sous les eaux (Er-Lannic).

Les spécialistes font ressortir que le niveau de la mer est changeant, fluctuant et mouvant à cette époque. Les eaux montent vers 1400, 700 et 200 avant notre ère. Les hautes mers sont alors au niveau de nos basses mers actuelles. Entre ces périodes elles redescendent. Dans le détail, des touches tectoniques peuvent entrainer une légère variation.
TABLEAU des EPOQUES
 
millions d'années époques
-540 Ere Primaire
-245 Ere Secondaire
-135   -65 crétacé
-65 Ere Tertiaire
-55   -34 éocène
-34   -23 oligocène
-23   -5,3 miocène
-5,3   -1,8 pliocène
-1,8 Ere Quaternaire
  tyrrhénien
  monastirien
-14000 ans fin dernière glaciation
  flandrien


Les hommes du Néolithique au Port-Louis  
La pointe rocheuse du Port-Louis et l'ancienne île de Gâvres ont leur contour marqué par des falaises qui étaient battues par la mer dans des temps plus reculés.
L'actuel cordon littoral Gâvres-Quiberon (v. carte) était plus avancé vers le large, appuyé sur l'extrémité de la Pointe de Gâvres et submergeant les rochers de la Vache et du Magouëro.
Depuis, la mer a réoccupé cette zone littorale et a vraisemblablement recouvert un certain nombre de sites archéologiques, d'autres sont enfouis sous les dunes qui ont reculé.
Lors de la sédentarisation humaine, après la dernière glaciation, le site bénéficie d'une heureuse situation au bord du Blavet et un marais occupe l'emplacement actuel de la Petite Mer de Gâvres.
Ce marais est drainé par une rivière qui s'écoule entre Port-Louis et Gâvres, séparant les deux premières architectures dolméniques connues : celle de l'Ile aux Souris, et celle du Goërem qui est plus récente (fig.5 - vase trouvé dans la sépulture du dolmen du Goërem).

Les renseignements concernant le dolmen de l'Ile aux Souris sont très approximatifs, en effet, dans l'inventaire des monuments mégalithiques du Morbihan, Le Rouzic note :
"Ile aux Souris : dolmen ruiné enfoui dans les restes d'un tumulus. Exploré par Le Pontois qui y trouva, avec quelques débris de poteries, des éclats de silex. J'y ai trouvé moi-même quelques éclats sans caractère, en 1897."
L'Ile aux Souris ayant été exploitée comme carrière, du début du siècle à 1924, il n'y a que peu d'espoir d'y trouver encore quelques vestiges. Cependant une action consistant à mener une opération de décapage, complétée par des analyses, pourrait donner des résultats. Intervention qui aurait des raisons d'être étant donné la montée du niveau marin.

Une autre information indique qu'en 1888, on a trouvé au Port-Louis quelques pierres serpentines (fig.6). Le docteur de Closmadeuc en a donné la description suivante : "Longues de 6 à 9 pouces en forme de coin, la base étant très coupante… elles n'ont aucune marque où l'on puisse supposer qu'il s'y adaptait un manche."


En conclusion, disons que l'homme préhistorique aura laissé une trace bien ténue au Port-Louis. Dans ce cas toute destruction de vestiges est dramatique pour l'explication de cette période historique.
On peut regretter un certain immobilisme dans le passé, des autorités compétentes refusant de se déplacer au Port-Louis à l'occasion de découvertes fortuites, au cours de travaux de voirie.

Il faudrait étendre l'étude au territoire des communes environnantes et, sans attendre pour le Port-Louis, réaliser une étude stratigraphique (sondages archéologiques) dans le jardin de la Muse.

En Archéologie, si on ne va pas voir, on ne peut pas savoir.

Pour mémoire, le menhir christianisé de Kerzo est en réalité une stèle funéraire d'époque gauloise, déplacée depuis Kervili en Languidic. Il comporte une croix et une inscription datées du VII ème ou VIII ème siècle .

 Bibliographie
FREYTET P., Observation géologiques dans la petite mer de Gâvres et régions voisines. Université. Paris 7
GUILCHER A., 1948, Relief de la Bretagne méridionale de la baie de Douarnenez à la Vilaine. Thèse
GIOT P-R., L'HELGOUACH J., MONNIER J-L., 1996, Préhistoire de la Bretagne, Ouest-France-Université Rennes
GIOT P.R., 1990, Le niveau de la mer, A.M.A.R.A.I., Bulletin d'Information n°3, p5-16

JEGO C., 1980, Etude de la morphologie littorale sur la côte bretonne entre Gâvres et les rochers du Magouëro,
Mémoire, Université de Paris-Sorbonne.

L'HELGOUACH J., Le dolmen du Goerem, Dossiers de l'archéologie, N°11, juillet 1975.
LE ROUZIC Z., 1930, Les cromlechs de Er-Lannic, Arzon, de 1923 à 1926. Vannes.
ROSENZWEIG, 1863, Répertoire Archéologique du Morbihan.
Bulletins et Mémoires de la Société d'Archéologie, Ille et Vilaine, Procès-verbaux, 1844 - 1857, pages 91 et 92.


 Marcel TUARZE a décelé un semis de rognons siliceux sur la côte de Gâvres, depuis les roches du Magouéro, jusqu'à la rivière d'Etel, zone la plus proche de la courbe isobarthe de 20 mètres.