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De nombreuses personnalités ont visité ou vécu au Port-Louis, aussi célèbres que Bertrand Duguesclin, Vauban, Tourville, Duguay-Trouin, le chevalier de Forbin, La Motte-Picquet, le comte d'Artois(le futur Charles X). L'empereur Napoléon III y fut prisonnier. Les écrivains et les poètes ont aussi laissé leur témoignage. Aux environs de 1680, un prêtre rouennais, musicien ambulant, Georges Martin, débarqua : "au Port-Louis,
petite ville flottante, bâtie dans la mer, très
abondante en toutes sortes de marchandises".
En 1689, Madame de Sévigné s'enthousiasma; elle écrivit ensuite à sa fille : "Nous avons fait, depuis trois
jours, le plus joli voyage du monde au
Port-Louis,
qui est une très belle place située comme vous savez; toujours cette belle pleine mer devant les yeux...". En janvier 1768, l'ancêtre du Romantisme, Bernardin de Saint-Pierre a laissé une très jolie description : "Le Port-Louis, nous dit-il, est
une ville ancienne et
déserte c'est un vieux gentilhomme dans le voisinage d'un
financier.
La Noblesse demeure au Port-Louis... Il faisait très grand vent. Nous avons traversé la ville sans y rencontrer personne. J'ai vu, des murs de la citadelle, l'horizon bien noir, l'île de Groix couverte de brumes, la pleine mer fort agitée; au loin de gros vaisseaux à la cape, de pauvres chasse-marée à la voile entre deux lames; sur le rivage, des troupes de femmes transies de froid et de crainte; une sentinelle à la pointe d'un bastion, tout étonnée de la hardiesse de ces malheureux qui pêchent, avec les mauves et les goélands, au milieu de la tempête". Paul Féval, vers 1863, compara la place forte "à une ville des
Antilles...
Par dessus les ormes, inclinés sous le vent, il voyait l'île de Groix, coupant la ligne bleue du large...". Pierre Loti, en août 1868, nous décrit "une ville tout
entière
désolée, envahie par les herbes et le lierre."
Cependant il ajoute :
"Nous retrouvons la
grève du
Port-Louis presque animée par des baigneurs venus de
Lorient."
Jean Quillant : Port-Louis, riante petite cité et station climatique, à l'imposante citadelle sise à l'entrée de la rade de Lorient, dont elle est sentinelle d'avant garde, sa plage fort coquette exposée sud, sud-ouest face à l'océan et protégée des vents nord et nord-est par les hauts remparts. Au large l'île de Groix, à droite la plage de Larmor, à gauche Gâvres où la grosse artillerie de marine tonne et retonne. L'éden rêvé sur les Pâtis. Les Lorientais avertis, empruntant les vedettes des Abeilles d'Arvor qui traversent la rade en moins de vingt minutes, viennent en foule chaque dimanche d'été chercher la fraîcheur du bois et l'air marin. Mais c'est surtout la nuit, lorsque la lune éclaire la mer où elle se mire, que Port-Louis revêt son charme le plus émouvant, charme si prenant que les indigènes, même les plus blasés, ne peuvent s'y soustraire : c' est la promenade traditionnelle du Lohic. Battant le roc et le sable mouvant A brodé, tout autour de la douce Armorique, Une dentelle magnifique, Faite de caps, de baies, de rochers et de criques : Ceinture de joyaux où la mer a serti la jolie perle de Port-Louis." Jean DE LA FONTAINE écrivit la fable Le berger et la mer qui fait référence à la Compagnie des Indes Orientales fondée en 1664. Le Berger et la Mer
Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins,
Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite 1 : Si sa fortune était petite, Elle était sûre tout au moins. A la fin, les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau, Trafiqua de l'argent 2, le mit entier sur l'eau. Cet argent périt par naufrage. Son maître fut réduit à garder les brebis, Non plus berger en chef comme il était jadis, Quand ses propres moutons paissaient sur le rivage : Çelui qui s'était vu Coridon ou Tircis Fut Pierrot 3, et rien davantage. Au bout de quelque temps il fit quelques profits 4, Racheta des bêtes à laine ; Et comme un jour les vents, retenant leur haleine, Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux : "Vous voulez de l'argent, ô Mesdames les Eaux, Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre : Ma foi 5! vous n'aurez pas le nôtre. " Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé. Je me sers de la vérité 6 Pour montrer, par expérience, Qu'un sou, quand il est assuré, Vaut mieux que cinq en espérance ; Qu'il se faut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition Nous devons fermer les oreilles. Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront. La mer promet monts et merveilles 7 : Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront. |
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1
Déesse
de la mer, pour dire la mer elle-même. A l'époque
de la parution des
fables, en 1668, la Compagnie des Indes possédait un navire
du même
nom. Le fait est curieux à signaler, bien qu'on puisse
douter de ce
rapprochement dans l'esprit de l'auteur. 2 Employa
au
négoce l'argent qu'il en retira. 3 Coridon
et Tircis, bergers d'églogue (voir Boileau, Art
poét., II, 23), gens
aisés et de loisir, peut-être même
poètes à leurs heures. Pierrot est
au contraire un berger de métier, un paysan.4 Faut-il
comprendre : "Absolument et au pluriel,
gratifications que reçoivent les domestiques"?.
5 C'est
Pierrot, en paysan pratique et prosaïque,
qui répond ainsi à l'appel séduisant
et perfide des eaux. 6 Cette
fable peut s'expliquer par l'histoire de la
compagnie
des Indes
Orientales,
fondée on 1664 et dont le champ d'action comprenait les
Indes
proprement dites et Madagascar. Un académicien, Charpentier,
pour
tenter le public, promettait monts et merveilles dans un prospectus
alléchant et qu'on avait fait traduire même en
allemand. Il célébrait
les Indes Orientales, "ces pays féconds que le soleil
regarde de plus
près que les nôtres" et "dont on rapporte ce qu'il
y a de plus précieux
parmi les hommes". "C'est de là qu'on tire l'or et les
pierreries;
c'est de là que viennent ces marchandises si
renommées et d'un débit si
assuré : la soie, la cannelle, le gingembre, la muscade, les
toiles de
coton". "Sans exagération, il y avait tant d'or à
Madagascar que quand
il pleuvait, les veines s'en découvraient
d'elles-mêmes le long des
montagnes". (Cité par Lavisse, VIII, p 240.) La Gazette
de France
(octobre 1664), après avoir rapporté que de
nombreuses souscriptions
avaient été enregistrée, ajoute : "Il
est certain qu'en peu de temps
plusieurs auront le déplaisir de n'y pouvoir entrer (dans la
société),
d'autant qu'il y en a déjà plus de trois quarts
d'assurés (3/4 du
capital sont déjà souscrits)". Mais la
réalité était moins brillante.
"On ne parle ici, dit Guipatin, que du nouveau commerce des Indes
Orientales mais il a bien des gens qui s'excusent (refusent) d'y mettre
leur argent" (Lettres,
13 février 1665
-
Bonnassieux, Les
grandes compagnies de commerce,
1892). L'insuccès final eut les mêmes causes que
celui de la Compagnie
des Indes Occidentales et survint à peu prés
à la même époque. Dès 1667
on prévoyait le dénouement. La liquidation
commença en 1672. 7
Façon
proverbiale
de parler
dont la forme
complète est monts
d'or et merveilles. |