Les hôtes de la citadelle


La citadelle, principal monument de Port-Louis, a été tantôt un lieu d'habitation ou de réception, tantôt un refuge, tantôt une prison.


Il y eut des hôtes de marque. 


Les gouverneurs du Port-Louis, tels François et Charles de Cossé-Brissac, le duc de la Meilleraye, le duc de Mazarin, le marquis de Rothelin habitèrent la citadelle, ainsi que les lieutenants de Montgogué ou Burin de Ricquebourg…


Au temps de la Compagnie des Indes, le caractère militaire de la citadelle laissait néanmoins une place aux réceptions mondaines où étoffes de prix rivalisaient avec meubles exotiques. Madame de Sévigné en eut les honneurs. Ironie du sort, au gré des événements politiques, ce sont souvent les mêmes personnes qui ont connu les appartements ou les salons de réception et les cachots de la forteresse.


Tel fut le cas de Juan del Aguila, le fondateur de la citadelle. A la faveur des guerres de la Ligue, une garnison espagnole, commandée par Juan del Aguila, s'était établie à Blavet (nom de Port-Louis à l'époque) et y avait édifié un fort. L'occupation, particulièrement dure pour les Blavétins, dura de 1590 à 1598. Mais, de juin à septembre 1597, une mutinerie des troupes, mal payées, tint Juan del Aguila et ses officiers dans les cachots de la forteresse. Philippe II, roi d'Espagne, releva del Aguila de son commandement.


Un siècle plus tard, l'écrivain du roi Robert Challes, après avoir été reçu par la "bonne société" port-louisienne, connut au moins deux incarcérations à la citadelle, en 1693 et en 1694, pour recel et faux en écriture à la suite de son voyage aux Indes, mais fut reconnu innocent.



Il y eut aussi des "prisonniers volontaires". 


César de Vendôme, après la mort de son père Henri IV, et en révolte contre la Régente Marie de Médicis, se retrancha dans la citadelle.

Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, s'y retira avec son quartier général, en mai 1675, pour réprimer sévèrement (et en toute sécurité) la Révolte du Papier timbré. Dans les cachots voisins de son appartement, s'entassaient paysans révoltés et quelques gentilshommes, tel Christophe de Quélennec qui fut pendu sur la place du Marché à Hennebont. Il y eut quelques prisonniers de droit commun et beaucoup de prisonniers de guerre.


Les protestants rochelais qui avaient attaqué Port-Louis, en 1625, laissèrent à la citadelle une centaine de prisonniers dont un tiers de gentilshommes.


De nombreux prisonniers allemands connurent la geôle port-louisienne en 1870, et quelques autres, plus rares, pendant la guerre de 1914-1918. L'un d'eux fit beaucoup parler de lui car on le prit pour un neveu du Kaiser. Il s'agissait en fait du lieutenant de chasseurs à pied Von Lyncden.


En 1945, après la reddition de la poche de Lorient, la citadelle reçut encore quelques prisonniers allemands.



Et des prisonniers politiques.


Ils furent certainement les plus nombreux et ceci à toutes les époques. Il y eut quelques malheureux gouverneurs des "places de la Ligne équinoxiale" qu'une lettre de cachet de Louis XIV attendait à leur débarquement, après un quelconque échec dans les comptoirs de la Compagnie des Indes. Pendant la Révolution, dès 1791, des nobles et leurs domestiques furent incarcérés à Port-Louis. Puis, en 1795, ce furent des prêtres réfractaires, arrêtés aux quatre coins du département, et 1300 chouans ayant participé à "l'Affaire de Quiberon".


Il y eut peu d'évasions (trois prêtres), relativement peu d'exécutions, mais des déportations en Espagne, à Ré, à Cayenne ou sur les pontons de Rochefort.


Louis-Napoléon Bonaparte fut enfermé une dizaine de jours à la citadelle après une tentative de coup d'état en 1836. Il revint en visiteur et ... en Empereur, en 1858 !


Pendant la Commune, 403 insurgés de Paris furent détenus à Port-Louis et progressivement relâchés.


En 1902, des officiers du 2ème Chasseurs de Pontivy furent mis aux arrêts de forteresse pour avoir refusé de participer aux expulsions de religieux.


Plus près de nous, en 1944, la citadelle fut encore le théâtre d'un ultime drame politique : l'incarcération et la fusillade de 69 Résistants. 66 d'entre eux ont été identifiés, sept seulement avaient plus de 25 ans. Et si les murs pouvaient parler, nous en saurions encore bien davantage !


Bibliographie

J. BLAREZ - Notes d'histoire sur les prisons de la Citadelle - Echo de Notre-Dame de l'Assomption - janv. 1922

Chroniques Port-Louisiennes, Les martyrs de la citadelle, Hors série,1995